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Hollman Morris:
"Le
narco-paramilitarisme continue de régner en Colombie"
Entretien avec le journaliste colombien Hollman Morris
(Traduction ARLAC)

Marcos Salgado :
Quel bilan tires-tu des élections de dimanche dernier en Colombie ? Le
tableau n'est en rien encourageant, il donne l'impression que la majorité
des Colombiens ne sont pas disposés à se servir des urnes pour sanctionner
un phénomène tel que la parapolitique...
Hollman Morris : Je suis d'accord avec toi. Je n'ai pas de raisons
de me réjouir, et le bilan que je dresse est plutôt pessimiste. Premier
point : en Colombie, on a réélu plusieurs barons qui étaient impliqués -
eux-mêmes ou leurs proches - avec le narco-paramilitarisme. Il y a des cas
scandaleux comme celui de Mme Teresa García, soeur de Álvaro García,
politicien colombien condamné à une peine de 40 ans en raison de ses liens
avec le massacre épouvantable de “Macayepo” (1); cependant, l'électorat de
cette zone, la côte nord de la République, a voté pour sa soeur, et
personne ne nous garantit aujourd'hui qu'elle ne va pas, au Congrès de la
République, faire la même chose que son frère : corruption, instigation à
commettre des massacres, et personne ne nous garantit qu'une femme comme
celle-là va chercher la vérité sur le paramilitarisme au sein du Congrès.
Et je pourrais te citer encore de nombreux cas, en particulier au sein du
Parti de la U, le parti au gouvernement. Il y en a tant que j'en oublie
les noms. Deuxième point : est gagnant le parti connu sous le nom de PIN
(Parti d'intégration nationale), un parti apparu du jour au lendemain avec
de grands moyens ; par exemple, le MOIR a dénoncé le fait que ces moyens
proviennent du narcotrafic et que plusieurs de ces personnes sont guidées
par les barons de la politique qui se trouvent à la prison de La Picota,
et ce parti devient la 4e force politique du pays. C'est une
honte. Le troisième point, très grave pour moi, est qu'une personne comme
Andrés Felipe Arias, candidat conservateur, ancien ministre de
l'agriculture, dont il a été prouvé publiquement qu'il a détourné l'argent
de la nation, en accordant des moyens aux propriétaires terriens les plus
riches de ce pays (2), puisse se présenter aux élections comme candidat du
Parti conservateur.
MS : Devant cette situation, le peuple colombien ne voit-il pas ce
que tu dis, y a-t-il un cordon informatif, n'y a-t-il pas de volonté de
punir cela, le paramilitarisme...? Pourquoi cela se passe-t-il ainsi en
Colombie ?
HM : Je crois qu'il y a une grande capacité à inspirer la peur et
la terreur. Le narco-paramilitarisme continue de régner dans différentes
régions du pays, les victimes ne voient pas que ces personnes seraient
punies. Mais je voudrais signaler quelque chose d'important : le président
de la République n'a jamais émis le moindre message pour condamner
l'argent du narcotrafic versé lors de ces élections, et il ne pouvait pas
le faire parce que plusieurs de ces personnes impliquées dans le
paramilitarisme sont également associées au gouvernement de Uribe.
MS : Et quel rôle revient aux forces de gauche, aux secteurs qui ne
sont pas compromis avec cette façon de faire la politique et ne sont pas
liés aux milieux du pouvoir économique ? Parce que ça ne s'est pas bien
passé non plus pour la gauche...
HM: Non,ça ne s'est pas bien passé non plus pour la gauche. Avant
les élections, la gauche colombienne a donné au pays un spectacle qui
n'est pas celui d'une force organisée. Il y a eu des querelles pour de
petits morceaux de pouvoir, au lieu de construire une proposition concrète
et solide pour le pays ; la gauche n'a pas su profiter de l'illégitimité
que confèrent à la force de gouvernement ses alliances avec le
paramilitarisme. Le départ de plusieurs sénateurs du PDA est une sanction
de l'électorat, parce que celui-ci s'est rendu compte qu'ils se sont
davantage occupés de leurs espaces de pouvoir au lieu de faire des
propositions aux électeurs, et je tiens à dire que les électeurs
colombiens attendent des propositions nouvelles et pas seulement qu'on
leur propose la guerre ou l'agenda de la haine. Je voudrais souligner
comment Ivan Cepeda, représentant du mouvement des Victimes de crimes
d'État, a été élu dans la ville de Bogotá, un vote d'opinion très
important, et il va être quelqu'un d'intéressant à analyser dans
l'exercice de son mandat politique.
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