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LA
JORNADA
(Traduction
ARLAC)
La Banque mondiale et les pays riches refusent
de considérer
l'eau comme un droit de l'homme
La
BM s'oppose à la déclaration finale du Forum mondial de l'Eau
"Nous n'allons pas
perdre 20 années de plus dans cette discussion"
Le
Mexique se montre tiède dans le débat
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MATILDE
PEREZ, ANGELICA ENCISO et JOSE GALAN
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Des
représentants des pays développés et d'organismes financiers
qui participent au quatrième Forum mondial de l'Eau s'opposent
à l'inclusion, dans la déclaration finale, du droit à l'eau
en tant que droit de l'homme, car ils considèrent qu'il s'agit
d'une "question non pertinente" ; cependant, les
nations en voie de développement ont annoncé qu'elles
continueraient d'insister sur cette exigence.
La
confrontation a été lancée par la Banque mondiale et la
Bolivie. Jamel Shagir, directeur de l'Énergie de l'organisation
internationale, a déclaré clos le débat entre gestion
publique et gestion privée de cette ressource : "Nous
n'allons pas perdre encore 20 ans dans cette discussion, parce
qu'en ce moment, le secteur privé représente moins de 10 pour
cent des investissements et que 90 pour cent sont encore
publics".
Ce
Forum montre à l'évidence, a-t-il dit, que le service public
n'a pas réalisé l'engagement de doter d'eau les pauvres
puisque 50 pour cent des citoyens du monde sont privés du
service et, paradoxalement, achètent de l'eau à des
entreprises privées à un prix supérieur.
Pour
sa part, le ministre de l'Eau de la Bolivie, Abel Mamani, a
annoncé que si le droit à l'eau n'est pas inscrit dans la déclaration
finale, son gouvernement ne signera pas le document. "Le
projet de déclaration ne dit rien ; il ne dit pas qu'il faut
privatiser l'eau, mais il ne garantit pas non plus le droit au
liquide ; c'est pourquoi nous pensons qu'il n'y a pas eu
ici de véritable débat".
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Lors
d'une réunion avec des organisations non gouvernementales de France -
à laquelle a participé Danielle Miterrand -, Mamani s'est dit
confiant que d'autres pays d'Amérique latine et d'autres continents
se rallieront à cette position. "J'espère que la Bolivie ne
restera pas seule, parce que ceux qui aujourd'hui bénéficient de
l'eau devront payer davantage pour ce liquide, et cet argent devra être
investi dans l'élargissement de la couverture au profit de ceux qui
sont privés du service".
Pascal
Berteaud, du ministère de l'Environnement de la France, a appuyé la
Bolivie, et déclaré que le droit à l'eau n'est pas contesté.
Le
secrétaire de Environnement et Ressources naturelles du Mexique, José
Luis Luege Tamargo, a admis que ce point "n'est pas à l'ordre du
jour la (réunion) ministérielle". La question est analysée,
mais du point de vue de la nécessité "de renforcer les efforts
et les ressources en infrastructure pour garantir l'accès à
l'eau", a-t-il affirmé.
Il
a précisé que l'examen du document n'est pas terminé, et a dit que
certains pays pensent inscrire "un point" à l'ordre du jour
de la réunion ministérielle du mardi.
La
Turquie a insisté pour que l'on inscrive la question de la production
hydroélectrique, qui fait partie du débat énergétique. Dans le cas
du Mexique, la proposition est que l'eau ne soit pas considérée
exclusivement en termes de distribution et de consommation, mais comme
un élément fondamental de l'environnement.
Le
gouvernement mexicain se battra pour que la déclaration finale fasse
état de l'engagement sur une nouvelle culture de l'eau, s'appuyant
sur l'utilisation rationnelle et la responsabilité des pays, qui
doivent la protéger, ainsi que sur le caractère d'urgence de
l'augmentation des ressources économiques pour sa gestion intégrale.
Les
traités commerciaux
La
délégation de la Bolivie - seul pays disposant d'un ministère de
l'Eau - s'est également
prononcée contre l'inclusion de cette ressource naturelle dans les
accords commerciaux. Elle a demandé qu'à ce quatrième forum, on
continue de refuser la privatisation de l'eau, alors que
l'Organisation mondiale du commerce applique déjà des règles qui en
font une marchandise. "Si nous poursuivons dans cette voie, nous
constaterons dans trois ans que l'initiative privée progresse dans la
possession du liquide", a-t-il ajouté.
Dans
la déclaration ministérielle proposée par le pays sud-américain -
en huit points -, il ressort que la ressource naturelle appartient à
la terre et aux êtres vivants, dont les êtres humains, dont la
responsabilité est de veiller sur l'accès à l'eau.
La
déclaration proposée par la Bolivie comporte également un appel à
la coopération internationale pour soutenir les pays en voie de développement
dans la réalisation des Objectifs du millénaire, sans soumettre les
services de l'eau et de l'assainissement à la privatisation, et suggère
un changement dans l'organisation du forum, pour que les délibérations
tiennent compte des opinions des pays pauvres.
Cifranio
D'Acosta, président de l'Association de l'Eau du Brésil, a rapporté
que l'expérience de Porto Alegre montre que les gouvernements
municipaux peuvent très bien offrir un service efficace, même si le
défi majeur est d'obtenir une plus grande participation de la société
et davantage de ressources. Au Brésil, a-t-il déclaré, il y en a
qui veulent privatiser l'eau, mais les municipalités ont apporté la
preuve que le service peut rester public.
La
représentation de l'Inde a souligné qu'il ne s'agit pas seulement de
donner accès à l'eau à la population, mais d'en améliorer la
qualité, et elle a ajouté que les propositions formulées dans des
forums tels que celui-ci ne sont que "de jolis mots qui
n'apportent pas de solutions viables".
Dans
la matinée, la vice-présidente et chef de l'infrastructure des réseaux
de la Banque mondiale, Katherine Sierra, a répété qu'il ne s'agit
pas de privatiser l'eau, mais d'appliquer de nouveaux modèles à la
gestion des services publics, avec la participation des citoyens et
des marchés.
"Ce
lien entre l'eau, la croissance et la pauvreté est essentiel pour l'élaboration
de politiques, et pour relever le défi des innovations, il faut des
flux financiers plus importants."
Elle
a fait valoir que tous les investissements privés et publics doivent
être soutenus par des mécanismes conçus avec la participation des
usagers et de la société civile.
Propositions
de l'ONU
L'ancien
premier ministre du Japon, Ryutaro Hashimoto, président du Conseil
consultatif sur l'Eau et l'Assainissement - créé en 2004 par le secrétaire
de l'Organisation des Nations unies, Kofi Annan -, a présenté un
ensemble d'actions propres à favoriser un meilleur accès à l'eau.
Ce plan d'action recense six domaines - selon l'agence Dpa -, dans
lesquels il faudra œuvrer pour atteindre les Objectifs du millénaire.
L'organisme
propose de créer une société mondiale d'opérateurs d'eau ; elle
propose également des actions de financement, l'assainissement, le
suivi, la gestion intégrée des ressources hydriques et des
catastrophes naturelles, et invite la communauté internationale à
soutenir les actions municipales pour améliorer l'accès à l'eau.
Il
reconnaît que 90 pour cent des opérateurs d'eau sont administrés
par le secteur public, mais que cette administration ne serait pas
fermée à d'autres acteurs. En matière de financement, le conseil
conclut que "il y a de l'argent disponible à l'échelon local,
mais les opérateurs et les gouvernements n'ont pas les moyens d'y accéder".
LA
JORNADA
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