VERS L'ÉCHANGE HUMANITAIRE
Par : Pedro
Nolasco Présiga.
Membre de l'Équipe internationale de Fensuagro
Le 24 septembre,
les FARC ont fourni des preuves que les douze députés de la Vallée
du Cauca étaient encore en vie. Ces preuves ont été remises alors
que les communes de Pradera et Florida, dans lesquelles l'insurrection
propose d'engager des contacts avec le gouvernement en vue de l'échange
humanitaire, étaient le théâtre d'un important déploiement
militaire ordonné par le gouvernement. Des combats violents se déroulaient
simultanément avec le mouvement insurrectionnel, tandis que la force
aérienne colombienne bombardait sans discrimination de vastes zones
sur le territoire desdites communes.
Le mercredi 27
septembre, le président Alvaro Uribe Vélez a lu un communiqué
laconique dans lequel il « confirmait » son intention d'établir
une zone de rencontre avec l'insurrection. Mais en réalité, le
communiqué du gouvernement ne fait aucune mention du dégagement ou
de la démilitarisation, pas plus qu'il ne fait référence aux villes
de Pradera et Florida comme lieux de rencontre, bien que l'ancien
ministre Alvaro Leyva Durán ait affirmé, dans des entretiens
radiophoniques, que le président faisait référence aux villes de
Pradera et Florida, ainsi qu'à la démilitarisation desdites zones.
Le communiqué présidentiel
est en outre publié au milieu de déclarations contradictoires aux médias
émanant des ministres de la défense et de l'intérieur, Juan Manuel
Santos et Carlos Holguín Sardi, qui exigent que la guérilla quitte
ces deux communes, et fixent des conditions avant même d'engager le
dialogue ; autrement dit, ils veulent imposer par les microphones ce
qu'ils ne ont pas parvenus à imposer sur le champ de bataille.
La réalité est
qu'à ce jour, le gouvernement n'a pas décrété officiellement la démilitarisation
ou le dégagement d'aucune zone pour engager le dialogue avec
l'insurrection sur l'échange humanitaire. En d'autres termes, nous
demeurons dans cette même indécision que le gouvernement entretient
depuis toujours, en disant "oui, mais non".
COMPLICITÉ
OFFICIELLE AVEC LES PARAMILITAIRES
Ce qui retient
l'attention, c'est l'attitude ambiguë du président Uribe Vélez, qui
résiste à une démilitarisation totale des villes de Pradera et
Florida, tout en gardant un silence non seulement complice mais qui a
permis que, pendant la totalité de son gouvernement, le
narco-paramilitarisme étende sensiblement son action criminelle, en
lui livrant pratiquement tout le territoire national en zone de démilitarisation,
facilitant ainsi les massacres les plus horribles, les fusillades, les
exécutions et les disparitions dont sont frappés les dirigeants et
les militants du Parti communiste et de l'union patriotique ; des
ouvriers, des étudiants, des paysans, des défenseurs des droits de
l'homme et, enfin, ceux et celles qui luttent au sein du mouvement
populaire général.
Cette action
criminelle est menée, en outre, pendant une prétendue trêve de durée
indéfinie et alors qu'ils « dialoguaient » avec le
gouvernement. Mais, loin de les combattre, le président Uribe leur a
fait cadeau de la zone de Ralito et maintenant du club social de la
Ceja, à Antioquia, pour qu'ils se reposent à leur aise pendant que
le gouvernement achève le processus de légalisation des terres
qu'ils ont volées, par le sang et le feu, aux milliers de déplacés
des campagnes, de blanchiment et de légalisation des fortunes
acquises grâce au narcotrafic et au vol du bien public, tandis que
les victimes n'auront droit ni à la justice ni à la réparation,
seront privées de leurs biens spoliés et erreront dans les rues
comme des parias dans leur propre pays.
Le mouvement
populaire ne doit donc pas se bercer d'illusions : la négociation de
l'échange humanitaire sera longue et très difficile, étant donné
la distance qui sépare les positions respectives de l'insurrection et
du gouvernement de Uribe. Il est évident que les FARC continueront
d'exiger la démilitarisation complète, y compris celle de la zone
urbaine, des municipalités de Pradera et Florida. De même, elle
exigera la présence de détachements de guérilleros sur le
territoire de ces deux communes tant pour l'entrée dans la zone
pendant les pourparlers, que pour la sortie de la région à l'issue
des pourparlers, car ce n'est que de cette façon qu'elles pourront
garantir la sécurité de leurs négociateurs.
De même, on peut
supposer qu'elles exigeront, dans la négociation, la libération de
tous les guérilleros qui croupissent dans des conditions
infra-humaines dans les prisons colombiennes, ainsi que le retour de
Simón Trinidad et de Sonia, extradés par le président Uribe Vélez
vers les États-Unis, où ils sont emprisonnés. Telles sont certaines
des exigences que les FARC mettront sur la table des négociations.
LIBERTÉ
POUR LES PRISONNIERS POLITIQUES
Et c'est évidemment
le moment opportun pour renforcer la campagne en faveur de la libération
des prisonniers politiques : ouvriers, paysans, étudiants, défenseurs
des droits de l'homme et mouvement populaire en général, qui ont été
arrêtés suite à des montages grossiers des forces militaires et du
procureur général de la nation, pour afficher des résultats dans le
cadre de la politique de « sécurité démocratique » qui, en réalité,
a complètement échoué.
Il est clair que
l'échange humanitaire ne sera pas le résultat de la volonté
politique du gouvernement de Uribe ; il devra être imposé par la
force mobilisatrice du mouvement populaire colombien. Le pôle démocratique
alternatif est appelé à mener cette lutte, dans les mobilisations de
masses, au parlement, dans la recherche d'appuis et de pressions au
niveau international, en unifiant les critères et les positions avec
le mouvement ouvrier, les paysans, les indigènes, le mouvement étudiant,
le vaste mouvement des défenseurs des droits de l'homme, avec les
millions de déplacés, avec les familles des prisonniers des FARC,
avec les femmes et les hommes du mouvement populaire qui réclament
aujourd'hui un échange humanitaire et une issue politique au conflit
social et armé.
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