COLOMBIE
Mission étrangère horrifiée
Sept parlementaires travaillistes de Grande-Bretagne et 10
dirigeants syndicaux de ce pays, des États-Unis et du Canada
se sont déclarés en "état de choc" suite à ce qu'ils ont
entendu lors de leur visite d'une semaine en Colombie.
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Dans
un communiqué fort, lu mercredi en conférence de presse, au siège
même du parlement colombien, la mission parlementaire et syndicale
a accusé le gouvernement du président de droite Álvaro Uribe
d'être "complice de crimes contre l'humanité".
Ces crimes sont définis à l'Article 7 du Statut de Rome, qui a
créé la Cour pénale internationale (CPI) dont le siège se trouve à
La Haye, capitale administrative des Pays-Bas.
Il s'agit de tout assassinat, extermination, transfert forcé de
population, torture, viol, persécution d'un groupe ou d'une
collectivité pour des motifs d'ordre politique ou culturel,
disparition forcée et autres infractions criminelles, lorsqu’ils
sont commis "dans le cadre d'une attaque généralisée ou
systématique dirigée contre toute population civile et en
connaissance de l'attaque". |
Le Statut de
Rome est entré en vigueur en Colombie le 1er novembre 2002 pour les crimes
contre l'humanité et les crimes de génocide, définis à l'Article 6, mais
le pays sud-américain a invoqué un délai de sauvegarde de sept ans pour
les crimes de guerre, décrits à l'Article 8, délai qui viendra à
expiration le 1er novembre de cette année.
Actuellement, le procureur de la CPI maintient le cas colombien en
observation.
"Il ne fait aucun doute, au vu des preuves reçues, que le gouvernement
colombien de Álvaro Uribe et la force publique sont complices de
violations des droits de l'homme", dit le communiqué lu par la
parlementaire Sandra Osborne, membre du Parti travailliste au pouvoir et
de la Commission des Relations extérieures de Grande-Bretagne.
"En outre, nous sommes convaincus que les activités assassines des
paramilitaires sont approuvées et activement soutenues par le gouvernement
et l'armée", a lu Osborne, faisant référence aux milices d'extrême droite
commandées par des barons du narcotrafic et partiellement dissoutes à
l'issue de négociations avec Uribe.
"Ces crimes sont aggravés par l'impunité dont jouissent ceux qui les ont
commis, et l'incapacité dans laquelle se trouve le système judiciaire de
juger les criminels et ceux qui ont donné les ordres", ajoute la
déclaration.
La Colombie vit en état de guerre civile depuis 1964, lorsque deux
guérillas de gauche, les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC)
et l'Armée de Libération nationale (ELN), prirent les armes. Les groupes
paramilitaires ont fait leur apparition dans les années 1980 pour
combattre l'insurrection aux côtés des forces de l'État.
Selon un rapport d'octobre 2008 d'Amnesty International, 1.400 civils ont
été assassinés en dehors des combats en 2007. En 2006, on avait compté
1.300 assassinats. Pendant le premier semestre de 2008, près de 270.000
personnes ont fui leurs foyers, d'où une hausse de 41 pour cent des
déplacements forcés par rapport à 2007.
La justice obtient des condamnations dans huit cas seulement sur 100
homicides, d'après l'Union européenne.
En outre, depuis la mi-2002, au moins 1.200 civils sans défense ont été
assassinés pour être présentés comme pertes dues à la guerre contre
l'insurrection, c'est-à-dire comme des succès militaires.
Pendant sept jours de tournée en Colombie, le groupe parlementaire et
syndical a recueilli des "informations sur les violations des droits de
l'homme et des travailleurs", dit la déclaration lue par Osborne.
La mission a rencontré "un large éventail de la société colombienne,
représentant les intérêts civiques, politiques, juridiques et militaires,
notamment des syndicats, des étudiants, des enseignants, des indigènes,
des paysans, des avocats syndicaux, des défenseurs des droits de l'homme,
ainsi que les otages libérés par les FARC".
Cette guérilla a libéré, depuis 2008, huit hommes et femmes politiques
qu'elle retenait en otages et qu'elle souhaitait échanger contre ses
combattants prisonniers, moyennant une négociation avec le gouvernement.
Comme suite à une fuite ou une opération de renseignement militaire, trois
autres otages civils ont été libérés, dont l'ancienne candidate à la
présidence, Ingrid Betancourt.
La mission s'est rendue dans le département oriental pétrolier de
l'Arauca, à la frontière avec le Venezuela, où elle a entendu les
témoignages de communautés et de personnes affectées par la guerre, visité
la prison de femmes et rencontré le dirigeant défenseur des droits de
l'homme emprisonné, Martín Sandoval.
Les visiteurs se sont également entretenus avec Uribe et de hauts
représentants de son gouvernement, mais leur réaction n'a pas été diffusée
localement.
"Au lieu d'emprisonner les véritables criminels, le gouvernement a
emprisonné des syndicalistes, des membres de l'opposition politique et des
défenseurs des droits de l'homme" comme Sandoval, dit la déclaration, qui
demande "sa libération immédiate, ainsi que celle des autres prisonniers
politiques et syndicalistes".
Les membres de la mission ont annoncé que, de retour chez eux, "nous
demanderons la cessation immédiate de tout appui militaire et politique au
gouvernement colombien".
Ils ont également exhorté à "la non-approbation de tout Traité de libre
commerce (TLC) tant que les droits de l'homme et des travailleurs ne
seront pas respectés d'une manière internationalement vérifiable".
L'approbation d'un TLC avec la Colombie a été bloquée au Congrès des
États-Unis avec un argument comparable par le Parti démocrate aujourd'hui
au gouvernement.
Entre-temps, le 26 mars, le gouvernement conservateur du premier ministre
canadien Stephen Harper a lancé le compte à rebours de 21 jours de débats
pour obtenir la ratification d'un TLC entre le Canada et la Colombie, en
présentant le projet au parlement de son pays et en établissant la loi
d'application.
Dans le même temps, pendant l'avant-dernière semaine de mars, s'est
déroulé à Lima le deuxième cycle de négociations entre trois pays andins,
la Colombie, le Pérou et l'Équateur, et l'Union européenne, en vue de la
conclusion d'un accord de libre-échange.
La mission parlementaire et syndicale a averti qu'elle dénoncerait
"publiquement la complicité d'entreprises multinationales dans les
violations des droits de l'homme et des travailleurs" en Colombie.
Elle propose d'intervenir pour mettre fin à la "criminalisation de
l'opposition démocratique et légitime", soutenir les dialogues de paix et
l'échange de prisonniers entre les FARC et le gouvernement, et faire
cesser les exécutions extrajudiciaires de civils qui permettent à l'armée
colombienne de se vanter de succès au combat.
Parmi les parlementaires membres de la mission se trouve l'ancien ministre
de la Défense et ancien porte-parole du cabinet britannique Peter Kilfoyle,
qui a démissionné en 2000 parce qu'il considérait que le premier ministre
de l'époque, Tony Blair, ne respectait pas le mandat reçu du Parti
travailliste.
La mission a été coordonnée par Justice for Colombia, une
organisation non gouvernementale britannique créée en 2002, année pendant
laquelle 184 syndicalistes ont été assassinés dans le pays andin,
considéré comme le lieu le plus dangereux du monde pour exercer une
activité syndicale.
Justice for Colombia réunit plus de 40 syndicats industriels
britanniques, ainsi qu'une douzaine d'associations professionnelles et de
groupements d'ordre national.
En septembre 2007, cette organisation a provoqué la colère du ministre de
la Défense colombien, Juan Manuel Santos, en demandant au premier ministre
britannique qui venait d'être investi, Gordon Brown, et à son secrétaire
aux Relations extérieures de mettre fin à l'aide militaire à Bogota.
La coopération militaire britannique avec la guerre colombienne vient au
deuxième rang après celle des États-Unis. Pour sa part, la Colombie est le
troisième bénéficiaire de l'aide militaire de Washington, après Israël et
l'Égypte.
La demande de 2007 a été signée par tous les membres d'alors du comité
exécutif national du Parti travailliste qui n'étaient pas membres du
gouvernement, tous les membres travaillistes du Parlement européen, des
dizaines de parlementaires du même parti et tous les syndicats affiliés à
cette collectivité.
"Nous, les Colombiens, sommes habitués à ce que ce type de déclarations
très importantes et attendons qu'il se passe maintenant quelque chose",
comme un changement dans la politique d'aide militaire au gouvernement, a
déclaré par téléphone à IPS, depuis Bogota, la défenseure des droits de
l'homme Lilia Solano.
"Mais il faut attendre les résultats", a-t-elle ajouté, "nous ne sommes
pas certains que ce sera si efficace".
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