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Miguel d’Escoto
(Traduction ARLAC) Dans un premier temps, il a pris comme une blague l'annonce de sa candidature à la Présidence de l'Assemblée générale des Nations Unies, mais lorsqu'il s'est rendu compte de ce que "l'idée était sérieuse", il a accepté en "bon soldat que je suis", confesse-t-il. C'est ainsi que le père Miguel d’Escoto Brockmann s'est retrouvé président de la soixante-troisième session, à partir de septembre 2008. Alors qu'il ne lui reste que cinq mois de mandat, "il y en a beaucoup qui disent que l'on va me réélire. Ce n'est pas possible, c'est contraire aux règles établies. Notre ami Evo Morales est même allé jusqu'à demander que je sois président à vie", dit-il en souriant en entamant cet entretien en exclusivité avec Granma, au cours duquel il reconnaît avoir reçu "un appui très grand de l'ALBA, de toute l'Amérique latine en général, des Caraïbes, d'Afrique. J'adore l'Afrique". Né à Los Angeles, Californie, en février 1933, d'Escoto est le fils d'un diplomate du Nicaragua. Ordonné prêtre chez les Missionnaires Maryknoll au début des années 1960, sa trajectoire a toujours été liée aux causes les plus nobles. "On m'a dit que l'on n'avait jamais vu une présidence aussi active, mais j'aurais voulu faire plus", estime celui qui est également conseiller du Président du Nicaragua, Daniel Ortega, en faisant observer que parmi les réformes nécessaires qui doivent être faites à l'ONU figure celle qui offrirait aux présidents la possibilité de "rester deux ans, d'être rééligibles, pour un mandat maximum de six ans, parce qu'il y a des idées, des projets dont le développement et l'exécution demandent du temps". Actuellement, d’Escoto est plongé dans la préparation de la Conférence au plus haut niveau sur la crise économique et financière mondiale et son impact sur le développement, qui doit se tenir du 1er au 3 juin à New York. Comment a été accueillie l'idée de la réunion ? La possibilité d'un G-192 ne doit pas trop plaire dans certains milieux qui préfèrent continuer à parler du G-20, du G-8 ? Nous nous trouvons dans une situation totalement inédite. Il y a lieu de rappeler qu'il est pratiquement interdit à l'Assemblée générale de se mêler des finances internationales, de l'économie mondiale, sujets réservés au Fonds monétaire international (FMI), à la Banque mondiale (BM), à l'Organisation mondiale du commerce (OMC), il en a toujours été ainsi. Mais cette situation ne peut pas continuer, les règles existantes ont été établies par les États-Unis qui se considéraient comme "le grand vainqueur" de la Seconde guerre mondiale, et la vérité est que ce sont eux, les soi-disant "vainqueurs", qui ont édicté les règles du jeu en matière de commerce, d'économie et de finances internationales. De sorte que cette invitation que nous avons lancée pour juin sera la première occasion, dans l'histoire des Nations Unies, où nous disons : "Venez tous". Nous sommes au XXIe siècle, le siècle de la réconciliation - il doit l'être - et de l'inclusion démocratique de tous. Nous ne voulons pas que ce soit seulement un G-8 ou un G-20 qui parle et décide, nous respecterons les principes, nous les écouterons, mais une démocratie réelle dans laquelle c'est la majorité qui décide, c'est pourquoi j'ai commencé à dire que ce qui doit s'imposer, c'est la voix du G-192, de tous les membres de l'ONU. Jusqu'à présent, le compte a été simple : il y a 172 pays qui ne sont pas inclus dans les délibérations du G-20, parmi lesquels il y a des membres, des nations dont les économies sont émergentes, qui nous soutiennent dans le dessein que nous souhaitons concrétiser. Il existe donc un bon esprit pour cette rencontre, convoquée au niveau le plus élevé parce que cette bataille doit être livrée aux Nations Unies, pour qu'il y ait une participation démocratique à la conception de la nouvelle architecture financière, économique, monétaire et commerciale mondiale. Voilà ce que nous essayons de faire. Je pense que la rencontre de juin sera considérée comme le première session d'une réunion qui restera ouverte. On a beaucoup avancé sur la proposition qui sera présentée aux gouvernements et qui sera négociée à New York. Une avancée du document en question ? Un des points autour duquel il existe pratiquement déjà un consensus très large porte sur le fait que le dollar ne peut continuer d'être la monnaie des réserves internationales, la devise des grandes transactions commerciales. Les États-Unis sont arrivés à un point où ils devront payer les conséquences de leur propre irresponsabilité budgétaire. S'ils veulent continuer à faire des guerres, et bien, qu'ils les paient. Actuellement, c'est le tiers-monde qui financent les guerres parce que les États-Unis sortent leur machine à billets, impriment des dollars et aucun fonds monétaire ni banque mondiale n'exigent d'eux une discipline budgétaire. Ils impriment des dollars sans contrepartie, alors que le valeur de ce papier ne cesse de se détériorer, et qui sont les dindons de la farce ?, les pays pauvres, dont la plupart ont leurs réserves en dollars. C'est pourquoi nous pensons qu'il convient d'établir une monnaie plus sûre. Le monde n'a pas à payer l'indiscipline d'un pays qui prêche beaucoup et fait le contraire de tout ce qu'il dit. Vous avez déjà l'appui de l'Amérique latine ? Oui, et le fait est que l'Amérique latine traverse ce que nous pouvons qualifier de meilleur moment de toute l'histoire du rêve de Bolívar. Et ce n'est pas seulement un rêve, mais une mission réalisable dans laquelle les pays membres de l'ALBA sont appelés à jouer un rôle croissant. C'est une réalité irréversible. Nous vivons un moment, dans notre Amérique, où la graine semée par notre cher Commandant Fidel Castro est en train de germer partout. Il y a une prise de conscience, une Amérique latine différente. Je crois que rien de cela n'aurait été possible sans le sacrifice du peuple cubain, qui a maintenu haut le flambeau et n'a pas plié. Cuba n'a pas cédé à la tentation d'adopter les antivaleurs du capitalisme. Jamais l'histoire n'a connu quoi que ce soit de plus contraire à l'enseignement de Jésus de Nazareth que le capitalisme. C'est pourquoi, quand on m'interroge sur les paradigmes, je pense à Fidel, car, pour moi, en tant qu'être humain, en tant que prêtre, le Commandant a été mon inspiration. Je crois fermement que celui qui aime, celui qui se donne la tâche de construire un monde plus juste, plus fraternel, plus solidaire, gagne son salut. C'est ce que nous a enseigné le Seigneur et c'est ce que Fidel a mis en pratique pendant toute sa vie. Jamais il n'a existé dans le monde un leader, un dirigeant aussi exemplaire en matière de solidarité. Il a fait de Cuba un pays millionnaire, parce qu'il est richissime en amour. Il faut venir sur cette île, ça fait du bien à l'âme. C'est un lieu de ressourcement spirituel. À propos de votre rencontre avec le Commandant en chef. J'ai passé plus de trois heures avec lui. Il m'a invité à déjeuner et à bavarder. J'ai demandé à Dieu de me donner cette nouvelle occasion de le voir. Il a un teint formidable, un regard formidable, il travaille beaucoup. Tu ne peux pas imaginer la joie que cela m'a procurée. J'ai eu ce privilège de le voir ces 30 dernières années, de dialoguer avec lui pendant des heures, de l'observer, et pour moi, la conclusion est que Fidel est un être extraordinaire, il est incroyable, mais ce qu'il y a de bien aussi, c'est que cette graine qu'il a semée avec son exemple est en train de germer. Et nous avons maintenant Hugo, Evo, Daniel. Ce sont ses rejetons. Qu'attend-il de la rencontre de New York ? Il m'a donné une piqûre d'énergie, je le vois si convaincu. Il est au courant de tout, et pas seulement au courant mais totalement conscient de l'importance du fait que c'est nous qui devons mener la bataille. À votre avis, que reste-t-il de l'esprit dans lequel a été créée l'ONU il y a 64 ans ? Rien. Les Nations Unies ont été créées, en principe, pour éviter de nouvelles guerres, mais aussi pour garantir la sécurité et la paix, mais cela a été un échec total : les guerres prolifèrent ; les États-Unis, l'un des membres permanents du Conseil de sécurité, sont un État agressif et guerrier. L'exemple le plus douloureux est ce qu'ils ont fait contre l'Irak. La Maison Blanche a exercé dans cette nation arabe un terrorisme d'État explosif, dans l'impunité la plus grande et la plus totale. Du point de vue de l'objectif d'élimination de la pauvreté, c'est aussi un autre fiasco, parce que les institutions de Bretton Woods ont été utilisées comme une arme politique au service des États-Unis et des puissances européennes pour faire pression sur les pays au sein même des Nations Unies. Qui plus est, que dire des chiffres alarmants de la pauvreté et de la faim enregistrés aujourd'hui dans le monde ? Vous portez un insigne très distinctif sur votre chemise : celui des Cinq. Au Nicaragua, je suis président du comité de solidarité avec les Cinq antiterroristes cubains. Ils sont un exemple de l'homme nouveau et leur procès, le jugement absurde et illégal auquel ils ont été soumis a été quelque chose de terrible qui a terni aussi l'image des États-Unis, pays qui n'a aucune autorité morale pour parler de lutte contre le terrorisme alors qu'un président, George W. Bush, assistait à des réjouissances avec des terroristes à Miami, tout en proclamant que quiconque hébergerait un terroriste serait aussi terroriste que lui. En cette matière, les États-Unis feraient bien de balayer devant leur porte, ils sont très vulnérables. Quelle est votre image de Miguel d’Escoto ? J'adore le riz avec du potage. J'aime la cuisine et je fais des recettes que j'ai apprises ici ; quand on m'interroge, je réponds que c'est un secret cubain. J'ai fait beaucoup de choses dans ma vie : j'ai été chancelier du Nicaragua (de juillet 1979à avril 1990). Personne ne m'a jamais appelé Excellence ou Monsieur. Je déteste ça. Je ne suis pas partisan des distinctions. Beaucoup m'appellent Père. Au bout du compte, où que je sois, je me considère seulement comme un curé de Callampa, ces quartiers les plus pauvres du Chili où j'ai un jour fait un travail communautaire, et je suis, ne l'oublie pas, comme Fidel, un homme d'espoir, qui sait qu'un autre monde est possible et qui lutte pour l'atteindre.
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