(Traduction ARLAC)

Qu'est-ce que la Disparition forcée ?

Selon le préambule de la Déclaration sur la protection de toutes les personnes contre ce phénomène, la disparition forcée est un crime défini comme suit : « L’arrestation, la détention ou l’enlèvement d'une personne contre sa volonté (...) par des agents de l’État ou (...) par des groupes organisés ou par des particuliers, qui agissent au nom du gouvernement ou avec son appui direct ou indirect, son autorisation ou son assentiment, et qui refusent ensuite de révéler le sort (...) ou l'endroit où elles se trouvent ou d'admettre qu'elles sont privées de liberté, les soustrayant ainsi à la protection de la loi ».

En Colombie, la disparition forcée a été historiquement utilisée comme un mécanisme d'élimination des opposants politiques et pour semer la terreur, contrôler et dominer des populations entières : "Pendant les années 1970 et 1980, elle a été utilisée comme tactique de répression pour éliminer des opposants politiques au régime. Des militants de gauche, des dirigeants sociaux, des leaders populaires et estudiantins, notamment, dans la mesure où, à cette époque, le mouvement estudiantin était très fort et revendiquait des exigences propres aux étudiants".

 Il existe chez nous différentes modalités de disparition forcée, comme suit :

  • DISAPARUS ABSOLUS : Ceux dont on n'a jamais su où ils se trouvaient et qu'il est donc impossible de retrouver.
  • DISAPARUS RETROUVÉS MORTS : Ceux qui après un certain délai, bref ou long, sont retrouvés morts et dont le cadavre peut être identifié. Ils présentent généralement des indices de torture.
  • DISAPARUS RETROUVÉS VIVANTS : Ceux qui, après une détention arbitraire en un lieu tenu secret de leurs proches et de leurs avocats, sont retrouvés vivants, soit en raison de la légalisation de leur condition de détenu soit parce qu'ils ont réussi à échapper à leurs ravisseurs. De tels cas sont exceptionnels.

Personne ne sait combien il y a de disparus en Colombie : l'Asfaddes

Bogotá, Prensa CODHES, 06/2009. L'Association des proches des détenus et disparus en Colombie, l'Asfaddes, estime que dans ce pays, deux personnes disparaissent en moyenne chaque jour. Cependant, cette organisation précise que, compte tenu de la complexité du conflit armé interne, même les organismes de l'État qui s'occupent de la question sont dans l'incapacité de dire qu'ils possèdent une évaluation réelle de ce fléau.

Gloria Gómez, coordinatrice générale de l'Asfaddes, a expliqué à Codhes que, dans l'analyse de la disparition forcée en Colombie, la peur gagne les statistiques : “Malheureusement, nous croyons qu'aucune organisation ni aucune autorité ne possède actuellement d'évaluation chiffrée et ne peut s'appuyer sur les registres ; en effet, les familles ne dénoncent pas les disparitions car elles subissent des menaces en raison du contrôle  total de certaines zones par les groupes paramilitaires”.

Jusqu'en 2006, l'Asfaddes a réussi à documenter quelque 15.000 cas de disparus en Colombie, mais les statistiques que gèrent le Procureur général de la Nation et l'Institut national de médecine légale et des sciences légistes dépassent déjà largement le bilan de l'association.  “Nous savons que les autorités comme le Procureur général de la Nation et l'Institut de médecine légale disposent de statistiques qui apportent la preuve définitive de l'absence de sécurité, mais bien davantage de la déshumanisation du conflit en Colombie. Selon ces chiffres, plus de 50.000 personnes ont disparu”, ajoute Mme Gómez.

Cependant, l'association des disparus et des détenus insiste sur le fait que ce bilan est une estimation : “C'est un chiffre approximatif, qui n'est pas réel, parce que j'insiste : Il n'y a pas de chiffre consolidé et ceci est l'approximation sur laquelle on travaille ; compte tenu de ce que le Procureur part d'un chiffre de plus de 30.000 disparus, comme la Médecine légale, sans compter les registres …”.

Parmi les cas non dénoncés, on trouve les histoires de personnes qui ont la certitude, voire des preuves, de disparition forcée, mais qui se refusent à introduire une plainte formelle, parce qu'elles ont peur et n'ont pas confiance. “Beaucoup de gens ont peur parce qu'ils n'ont pas confiance dans les institutions de l'État, principalement faute de réponse et de résultats, et qu'ils trouvent le lieu où se trouve leur être cher ; non seulement des disparus, mais aussi des responsables.”, dénonce Gloria Gómez.

Selon l'Asfaddes, en Colombie, la disparition forcée a été historiquement utilisée comme un mécanisme d'élimination des opposants politiques et pour semer la terreur, contrôler et dominer des populations entières : "Pendant les années 1970 et 1980, elle a été utilisée comme tactique de répression pour éliminer des opposants politiques au régime. Des militants de gauche, des dirigeants sociaux, des leaders populaires et estudiantins, notamment, dans la mesure où, à cette époque, le mouvement estudiantin était très fort et revendiquait des exigences propres aux étudiants".

En ce sens, l'Asfaddes déplore qu'en Colombie règne encore une grande impunité et une manque de fermeté quand il s'agit de sanctionner la disparition forcée. C'est pourquoi elle considère que “il n'existe aucune sanction qui manifeste la volonté politique de l'État colombien  de sanctionner et de punir les auteurs des disparitions ”…

Ces dernières heures, la Commission des droits de l'homme de la Jeunesse communiste colombienne (Juco) a dénoncé, dans un communiqué, la disparition de la jeune Cindy Johana Barrero, militante de cette organisation à Bogotá. Textuellement, la communication dit : "Le père Edgar Barrero Cuéllar, directeur de la chaire Martín Baró, est très préoccupé car cette disparition pourrait être liée aux menaces constantes proférées par des groupes parastataux à l'encontre tant de la jeunesse communiste colombienne que de la chaire Martin Baró, et de lui-même en personne en raison de son travail connu pour la défense de la vie et de la mémoire du pays”.

  http://www.codhes.org/index.php?option=com_content&task=view&id=506

 

 

WWW.ARLAC.BE