COLOMBIE - Toute la vérité sur les prisonniers politiques colombiens
 
(Traduction ARLAC)


Entassés dans les geôles, ils survivent à la torture et ne baissent pas la tête


En Colombie, près de 7.000 prisonniers politiques composent la population carcérale dans les divers établissements pénitentiaires du pays.

Le gouvernement colombien ne leur concède pas le statut de prisonniers politiques parce qu'il  nie obstinément l'existence du conflit armé qui dure ici depuis plus de quatre décennies cependant. Évidemment, étant donné cette conception du gouvernement, tant l'INPEC (Institut national pénitentiaire et carcéral de Colombie) que tous les établissements et ministères du pays traitent cette question de la même manière, d'où de grandes difficultés pour les organismes qui militent pour les  droits de l'homme.

Jusqu'au 11 septembre 2001, tout prisonnier pour raisons politiques était accusé du délit de rébellion. Mais depuis cette date, la situation a changé et le prisonnier politique, en plus d'être jugé pour rébellion -ce qui est prévu dans le Code pénal- est accusé de “terroriste”, ce qui complique la situation du détenu en le mettant dans l'impossibilité absolue de se défendre.
Il y a plus de 68.000 personnes emprisonnées (pour des raisons sociales et politiques) en Colombie, dont beaucoup ont été privées de leur liberté sans la moindre preuve de leur conduite séditieuse. La plupart des détenus n'ont pas de peine ferme, ni de jugement ou de condamnation non plus.

On compte quelque 2.200 personnes condamnées, les autres font l'objet d'une enquête en cours ; quand une personne seule est arrêtée, par exemple, le procès est un peu plus rapide, mais lorsqu'il s'agit d'un emprisonnement de groupe, il faut parfois 18 mois avant que les membres du groupe soient jugés. Il convient de préciser qu'aux termes de la législation colombienne, le délai limite pour mettre une personne à la disposition de l'autorité compétente est de 36 heures, mais ce délai est violé en permanence en Colombie, et pendant ce temps, les forces militaires et de police se livrent à des tortures aberrantes.

La peine maximale était de 40 ans ; avec la réforme de 2003, elle est passée à 60 ans. Beaucoup de prisonniers sociaux sont condamnés à 40 ans, surtout pour le délit de séquestration avec extorsion ou homicide. Il y a beaucoup de cas de détenus politiques, combattants, condamnés à 30 ou 40 ans et avec d'autres procès pendants.

Cependant, d'après la FONDATION COMITÉ DE SOLIDARITÉ AVEC LES PRISONNIERS POLITIQUES COLOMBIENS, 60 % des détenus, ces derniers temps, ne sont pas des combattants. Il s'agit de dirigeants syndicaux, de défenseurs des droits de l'homme et de personnes appartenant à des organisations sociales ou populaires, qui, bien évidemment, sont qualifiées de “terroristes”.

Un monde de mouchards et d'informateurs
Pour que cette charge puisse être retenue contre le détenu, le gouvernement fait appel à des informateurs ou des mouchards ("sapos" dans l'argot colombien), recrutés pour dire qu'ils "connaissent la personne et qu'il ne fait aucun doute qu'elle est liée à une organisation d'insurrection ou qu'elle a participé à un attentat". On a connu le cas de personnes traduites en justice, jugées et condamnées sans la moindre preuve concrète de leurs agissements, et qui, une fois leur peine purgée, après parfois des années, sont considérées innocentes. Dans le cadre de la mal nommée Politique de sécurité démocratique, l'usage de la torture contre les détenus a considérablement augmenté, en particulier pour les populations pauvres.

Il existe une discrimination sauvage à l'encontre des membres de la communauté afro-colombienne ainsi que contre ceux qui sont logés dans des centres de détention provisoire -postes de police -, où la torture est permanente. Ces dernières années, la torture physique a été temporairement remplacée par la torture psychologique, mais la première a repris dernièrement sa place, avec l'usage de la picana (gégène) sur des corps auparavant traînés par terre puis mouillés en permanence.

Il est habituel également d'introduire dans la bouche du détenu une balle avec laquelle une autre personne est censée avoir été tuée, en l'obligeant à l'avaler. Sans oublier les simulacres d'exécution ou toute autre parodie de mort brutale.

Ceux qui sont détenus pour leur activité politique, de même que les combattants des mouvements d'insurrection et de lutte sociale, subissent de préférence la torture psychologique.

Évidemment, toute torture est difficile à prouver, en particulier pour ceux qui restent dans des centres de détention provisoire, auxquels on a fait signer, avant de les transférer en vue de leur interrogatoire judiciaire, un document dans lequel ils affirment avoir été traités correctement.

Dans le cadre du Plan Colombie ou du Plan Patriote, créés sous l'argument cynique destiné à convaincre le monde qu'ils visent la lutte contre le narcotrafic, alors que chacun sait bien qu'il s'agit d'un projet de domination qui menace en outre de s'étendre à toute la région, l'influence des États-Unis est en augmentation notoire.
La formation des gardiens de prison est assurée par du personnel spécialisé des pénitenciers de ce pays, personnel qui intervient également dans des opérations conjointes avec les forces militaires, pour les arrestations.

Prisons tombes de l'uribisme
Les prisonniers politiques se trouvent dans de nombreuses prisons, toutes de haute sécurité ; celles de Valledupar et de Combita ont été créées dans le cadre d'une convention avec le Bureau fédéral émanant des États-Unis, qui est intervenu dans la construction, la formation des gardiens et l'élaboration du règlement intérieur des prisons.

Les organismes de défense des droits de l'homme n'ont finalement plus beaucoup de possibilités pour exercer leur mission humanitaire. Le gouvernement d'Alvaro Uribe Vélez refuse catégoriquement le statut politique aux prisonniers de guerre et même aux prisonniers politiques, ce qui lui permet d'ignorer les accords internationaux que régissent les conflits intérieurs, tels que la Convention de Genève.

Les prisons colombiennes sont complètement surpeuplées, en raison des détentions massives ; il y a pénurie de denrées alimentaires et un manque d'hygiène. On a dénoncé le cas d'une prison de femmes, où trois personnes doivent dormir dans une cellule de 2x1,80 m. Pendant la nuit, elles n'ont pas le droit d'aller aux toilettes car, une fois les portes fermées, on ne les ouvre plus jusqu'au matin suivant.

Les prisonniers politiques manquent de programmes d'éducation permanente bien que la loi prévoie la possibilité d'étudier pour les prisonniers. Ils n'ont pas non plus accès aux contrôles médicaux ; on a enregistré des cas où, pour pouvoir bénéficier d'une consultation, les prisonniers doivent attendre plusieurs mois. En outre, bon nombre de ces geôles sont privées d'eau.

Dans le passé, une commission internationale s'est rendue dans 15 prisons de Colombie, dont 3 de femmes, et dans plusieurs commissariats de police. Cette commission a dénoncé mondialement les cas de corruption, de mauvais traitements et de mauvaise gestion constatés dans la plupart des établissements pénitentiaires. La dénonciation pointe notamment la prison de Valledupar - la plus moderne du pays, réalisée selon un modèle yankee - où l'on a trouvé des fers et des bâtons métalliques avec du caoutchouc pour frapper les prisonniers sans laisser de marques.

Selon le rapport des commissaires, "toutes les prisons colombiennes sont un enfer" ; ils ont dénoncé les conditions dans lesquelles les prisonniers y vivent et en ont attribué la responsabilité à l'État. Cependant, rien n'a changé dans les prisons ; on y viole le droit à la vie et à la dignité des personnes : santé, éducation, travail, alimentation, voire défense.
 

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