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Colombie Bien que pays riche bénéficiant d’une croissance économique annuelle de 7 %, la Colombie accuse un des taux d’inégalité sociale les plus élevés d’Amérique Latine. Elle y est en effet un des dernier pays -avec le Mexique et le Pérou- à encore appliquer les formules néolibérales à outrance. L’exploitation des richesses ne profite qu’à une minorité de 10 %. La moitié des terres agricoles n’appartiennent qu’à 0,3 % de la population. 1,3 million de familles paysannes, soit 54 %, n’ont pas de propriétés -alors que 15.000 personnes possèdent à eux seuls 49 millions d’hectares. 17 millions de Colombiens vivent dans la pauvreté et six millions sont dans l’indigence.
Le paramilitarisme avant les FARC En réaction naissent, en 1964, l’Armée de Libération Nationale (ELN) d’inspiration guevariste et, l’année suivante, les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie, les FARC -de courant marxiste. Ce sont la pauvreté et l’injustice sociale croissantes, le monopole d’un pouvoir politique intolérant et l’application d’une stratégie paramilitaire appuyée par les EU qui sont la cause de la naissance de ces mouvements insurgés armés -et non l’inverse comme l’affirme l’oligarchie colombienne. Si les FARC sont bien un mouvement de guérilla armé, il n’en a pas toujours été ainsi : engagées en 1985 dans des pourparlers de paix avec le Gouvernement, elles déposent en effet les armes et fondent l’Union Patriotique (UP). Les guérilleros démobilisés intégrés à l’UP obtiennent 320.000 voix aux élections, décrochent des postes de maires et de députés. C’en est trop pour certains ! L’UP va devenir la cible des Forces armées et des groupes paramilitaires : 3.000 membres sont assassinés dans les semaines qui suivent -un véritable génocide politique. Les FARC reprennent alors la clandestinité... et les armes ! Nul n’ignore non plus que la Colombie est le premier producteur de cocaïne au monde. Or il se fait que, au début des années 80, les narcotrafiquants eurent justement besoin d’investir leur argent dans des zones fraîchement « nettoyées » par les paramilitaires. Petit à petit, le trafic de narcotiques va financer les opérations paramilitaires. Des narcotrafiquants deviennent des chefs paramilitaires -et vice-versa. La CIA, voulant financer à ce moment leur Contra au Nicaragua, se tourne également vers le narcotrafic colombien ! La cocaïne colombienne est acheminée vers les Etats-Unis via l’Amérique centrale par des avions militaires camouflés, pour être vendue ensuite dans la rue : engrangement de bénéfices « sales » pour financement de guerre « sale ». Les barons de la drogue, de plus en plus puissants, commencent à intégrer, avec leurs associés paramilitaires, une grande partie de la structure politique, économique et sociale du pays. Le produit du trafic est recyclé dans tout le système financier et économique, et le paramilitarisme entre dans les composantes mêmes du régime politique « démocratique » : gouvernement, parlement, justice. Les années 90 sont celles d’une « guerre intégrale et totale » à la guérilla. Les budgets militaires sont augmentés... mais les prisons se remplissent plus d’activistes sociaux et politiques que de guérilleros. Jamais le taux de criminalité politique n’atteint de tels sommets ! Le taux de pauvreté augmente considérablement, tandis que l’ouverture du régime à un néolibéralisme effréné « libéralise » l’économie et privatise de nombreuses entreprises publiques. On feint de décider le démantèlement des paramilitaires, pour remplacer ceux-ci par de nouveaux groupes appelés Convivir (« vivre ensemble »)... qui en adoptent les mêmes principes. Un certain Alvaro Uribe Velez, alors gouverneur de département, en est un ardent défenseur.
Massacre en Colombie « Guerre au terrorisme » et « Plan Colombie » 11 septembre 2001, attentat à New York. Par le lancement de la « guerre au terrorisme », les FARC, ELN, ... deviennent des « terroristes ». Washington conçoit et impose le « Plan Colombie » qui, selon les fonctionnaires, est un programme intégral de développement destiné à régler le conflit intérieur colombien. La -vraie- vérité est que les milliards de dollars de ce plan ne sont destinés qu’à financer une guerre contre l’ennemi intérieur de toujours -le communisme- au profit des intérêts économiques du secteur privé ! L’autoritaire Álvaro Uribe Velez, sur promessse électorale d’en finir rapidement avec les FARC, arrive au pouvoir en 2002. Il met rapidement en œuvre sa « Politique de Sécurité Démocratique », véritable stratégie de guerre avec réseau d’indicateurs, compagnies de sécurité privées et soldats-paysans. Il n’y a pas, pour Uribe, de conflit armé en Colombie -seulement « une guerre contre le terrorisme ». Et surtout, le « Plan Patriote », partie militaire du Plan Colombie destinée à vaincre les FARC, permet enfin aux EU de s’engager ouvertement dans la lutte « anti-insurrectionnelle » ! 14.000 à 18.000 militaires sont envoyés dans le sud de la Colombie, où se trouvent les cadres et une partie importante des FARC. Entetemps, les organisations de défense de Droits de l’Homme dénonçent les abus du régime et des paramilitaires. Plus de 70.000 personnes -en majorité des civils- tuées ces 20 dernières années, 30.000 disparues ! Quatre millions de Colombiens exilés politiques ou économiques ! Trois millions de paysans, indigènes, afrodescendants déplacés par la force et la terreur -pour récupération des terres pour des projets économiques ou fuyant les combats ! Augmentation des massacres et assasinats politiques paramilitaires, en 3 ans, de plus de ... 600 % ! La Colombie est le premier pays au monde pour le nombre d’assassinats de syndicalistes -plus de 40 déjà depuis le début de l’année 2008! - ou de journalistes. Et surtout, comme le souligne le récent Tribunal International d’Opinion sur les violations des Droits de l’Homme en Colombie tenu à Bruxelles sous la présidence du sociologue belge François HOUTART, l’impunité en Colombie est presque totale. Quasi 100 % des crimes qui concernent des violations de Droits de l’Homme restent impunis ! La responsabilité de l’Etat colombien est établie dans la grand majorité des violations, qu’elles soient commises par des militaires, des policiers ou autres agents. Tous ces crimes ont une logique : ils bénéficient politiquement ou économiquement à l’Etat, aux paramilitaires et aux entreprises multinationales américaines ou européeennes -dans la plus pure logique néolibéraliste.
La loi de Justice et Paix prévoyait une peine réduite aux paramilitaires -sans aucune mesure avec les délits concernés. De l’autre côté, certains chefs guérilleros colombiens ont été jugés et condamnés aux USA à de nombreuses années de prison –tel Simon Trinidad, un ancien banquier « reconverti » dans les FARC, qui a écopé d’une peine de 60 ans pour « terrorisme » et « trafic de drogue ». Deux poids, deux mesures. La Colombie d’Uribe : une démocratie ou un terrorisme d’Etat à la solde de l’Empire ? À lire
Colombie. Derrière le rideaude fumée. Histoire du terrorisme
d’État
Armando GARCÍA |