Manger plus de fruits et légumes: pourquoi?
Les faits sur les fruits et légumes
La récente étude1-2 qui a conclu à
l’inefficacité des fruits et légumes pour
prévenir le cancer - et qui a suscité beaucoup de
réactions dans les médias - n’a pas changé
la recommandation du Fonds mondial de recherche contre le cancer
à ce sujet. « L’étude EPIC a
démontré que le fait de manger des fruits et
légumes réduit le risque de cancer de façon
globale, mais que cette protection est relativement modeste.
C’est en lien avec ce que dit notre rapport de 2007 »,
avance le Fonds mondial de recherche contre le cancer.
« Considérant que, pour plus plusieurs types de cancers,
le fait de manger des fruits et légumes n’influe pas sur
le risque, ce n’est pas surprenant que sur le pourcentage total
de risque, cet effet soit plutôt modeste. Néanmoins,
à titre d’exemple, dans le cas de l’Angleterre, ce
pourcentage correspond tout de même à 7 000 cas de moins,
ce qui est un nombre significatif », ajoute le Fonds de recherche
contre le cancer.
Par ailleurs, plusieurs experts ont reproché à
l’étude EPIC de ne pas avoir pris en considération,
lors de la recherche, le type de fruits et légumes
consommés par les participants, tandis que des études
antérieures ont démontré que certains
d’entre eux ont un effet protecteur important, et d’autres,
pas du tout.
Un effet protecteur contre certains cancers
Les experts du Fonds mondial de recherche contre le cancer estiment
qu’une consommation plus importante de fruits et de
légumes diminuerait probablement le risque de souffrir de
certains types de cancers. Les preuves les plus probantes concernent
les cancers de la bouche, du pharynx, du larynx, de l’oesophage,
de l’estomac et de la prostate. On a aussi relevé un effet
préventif possible contre le cancer du poumon, le cancer
colorectal, celui des ovaires et de l’endomètre.
Les explications sur les bienfaits des fruits et légumes
Les fruits et les légumes non féculents3 sont ceux qui
offriraient la meilleure protection. Cet effet protecteur serait
attribuable à leur plus grande teneur en composés
phytochimiques4, substances qui leur confèrent également
leur couleur, leur parfum, leur goût particulier, etc. Selon les
fruits et les légumes, la nature et la quantité de ces
substances varient grandement. Elles permettent aussi aux plantes de se
défendre contre les dommages causés par les
micro-organismes (champignons, bactéries, etc.) ou les insectes.
Chez l’humain, certains de ces composés
protègeraient l’ADN des cellules contre les attaques des
radicaux libres pouvant mener au cancer. On dit alors qu’ils sont
des antioxydants. D’autres auraient un effet
antiangiogénique : ils préviendraient la formation de
nouveaux vaisseaux sanguins qui nourrissent et permettent
éventuellement la croissance des microtumeurs.
Les fruits et légumes sont également riches en vitamines
et minéraux qui participent à la santé en
général. De plus, ils n’apportent que peu de
calories, ce qui facilite le maintien d’un poids santé.
Plus de produits céréaliers à grains entiers
Le Fonds mondial de recherche contre le cancer recommande aussi
d’augmenter la consommation de produits céréaliers
complets. Ses experts soulignent que leur teneur élevée
en fibres réduit le risque de cancer colorectal en
accélérant et en facilitant le transit intestinal.
La méta-analyse du Fonds mondial de recherche contre le cancer a
recensé les aliments végétaux ayant un effet
protecteur possible dans la prévention de certains cancers.
Ainsi, les aliments de la famille des alliacées (ail, oignon,
poireau, échalote, ciboulette) auraient une action
bénéfique contre le cancer de l’estomac.
L’ail protègerait également contre le
développement du cancer colorectal.
L’assiette idéale
Chaque repas devrait être composé au 2/3 d’aliments
d’origine végétale (légumes, riz entier,
pâtes intégrales, lentilles et céréales
à grains entiers).
La présence de caroténoïdes est pour sa part
associée à une diminution de l’incidence du cancer
de la bouche, du pharynx, du larynx et des poumons. Il en va de
même pour les fruits, qui offriraient également une
protection contre le cancer de l’oesophage et de l’estomac.
Le lycopène, présent dans la tomate, révèle
de plus en plus de preuves de son efficacité à
prévenir le cancer de la prostate.
La consommation d’aliments d’origine végétale
contenant naturellement de l’acide folique (vitamine B9)5 semble
diminuer l’incidence du cancer du pancréas et, dans une
moindre mesure, celle du cancer colorectal et de l’oesophage.
Toutefois, des chercheurs se demandent si l’acide folique - dont
on enrichit la farine blanche, la semoule de maïs et les
pâtes au Canada - ne servirait pas de carburant à certains
cancers5.
8 portions, tous les jours
Le Guide alimentaire canadien suggère aux femmes de consommer de
7 à 8 portions de fruits et légumes par jour; et aux
hommes, de 8 à 10 portions par jour. Plus on varie, mieux
c’est. Outre les aliments frais, on peut aussi choisir des fruits
et légumes surgelés, séchés ou en conserve.
Une portion?
À titre de repères, voici quelques exemples de portion :
- De 2 à 3 c. à soupe de légumes cuits
- Un petit bol de salade
- Un fruit entier de taille moyenne, par exemple une pomme, une pêche
- Une tranche de melon ou d’ananas
- Une poignée de bleuets ou de framboises
- 1 c. à soupe de fruits séchés, par exemple des canneberges ou des abricots
- Un verre de jus (150 ml) sans sucre ajouté.
Les fruits et légumes, ça se discute
Avec Rachel Thompson,
docteure en nutrition et directrice du programme scientifique du Fonds
de recherche mondial contre le cancer. Elle a fait partie du
secrétariat ayant dirigé le rapport de 2007.
Manger plus de fruits et légumes: pourquoi?Comment faire pour augmenter ma consommation de fruits et légumes?
«
L’astuce consiste à les répartir sur toute la journée. Par exemple,
commencez la journée par un petit verre de jus de fruits pur (pas plus
d’un par jour cependant) et des fruits frais, congelés ou séchés pour
agrémenter vos céréales ou votre gruau. Pour le lunch, accompagnez
votre sandwich d’un bol de salade fraîche (laitue, épinards, carottes,
lentilles, etc.). Pour la collation, prévoyez un fruit frais, comme une
pomme ou une pêche, ou encore des crudités, comme des bâtonnets de
carottes. Finalement, pensez à inclure 2 sortes de légumes à votre plat
du soir ou encore ajoutez une plus grande variété de légumes à vos
soupes ou plats mijotés. »
Est-ce que la fraîcheur des fruits et légumes a une incidence sur leur contenu en composés phytochimiques?
« On a avantage à consommer des produits frais puisque, avec le temps, leur teneur en vitamines diminue. »
Est-ce que les fruits et légumes biologiques sont meilleurs?
«
Des études ont montré que le contenu de certains éléments, par exemple
la vitamine C, était supérieur dans les produits bios, mais les
résultats ne sont pas consistants. En fait, il est plus important de
chercher à intégrer une variété de fruits et légumes à son
alimentation. On en retirera des bénéfices, peu importe que les
produits soient bios ou non. »
Comment s’assurer d’avoir une bonne variété?
«
Une manière simple de procéder est d’ajouter des couleurs variées à son
assiette. On pense à ajouter du vert (courgettes, haricots, brocoli,
asperges, kiwis), du bleu ou du violet (bleuets, mûres, aubergines,
prunes), du rouge (chou rouge, tomates, pommes, framboises, fraises),
du jaune et de l’orangé (oranges, poivrons, abricots, carottes, pêches,
citrons, maïs) et du blanc (champignons, chou-fleur, oignon, ail). »
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sources
1. Boffetta P, et al. Fruit and Vegetable Intake and Overall Cancer
Risk in the European Prospective Investigation Into Cancer and
Nutrition (EPIC), Journal of the National Cancer Institute,
publié en ligne le 6 avril 2010, doi:10.1093/jnci/djq072.
2. Voyez à ce sujet notre nouvelle Prévention du cancer :
les fruits et légumes seraient peu efficaces, mais...
3. Les pommes de terre, ignames, patates douces et manioc sont des
légumes féculents. Les pommes de terre sont meilleures
pour la santé lorsque l’on conserve la pelure, la partie
contenant le plus de fibres. On les servira bouillies ou cuites au four
plutôt que frites ou rôties. Les carottes, topinambours,
céleri-rave, rutabagas et navets sont quant à eux des
légumes racines et des tubercules, mais non féculents.
4. Les principales familles et classes des composés
phytochimiques sont : les polyphénols (flavonoïdes, acides
phénoliques, non-flavonoïdes) les terpènes
(caroténoïdes, monoterpènes), les composés
soufrés (allylsulfides, isothiocyanates), les saponines
(triterpénoïdes, stéroïdes).
5. Pour en savoir plus, lisez notre nouvelle : L'acide folique sous surveillance.
Recherche et rédaction : Claudia Morissette
Le 19 avril 2010
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