ARLAC

Association
des
Réfugiés
de l’Amérique
Latine
et
des

Caraïbes

PRISONNIERS POLITIQUES DE COLOMBIE
IIIe PARTIE

 

 

Mais les prisonniers politiques colombiens ne tombent pas toujours aux oubliettes …

Une nouvelle formule est appliquée en Colombie, où la mélodie joyeuse et tapageuse de la cumbia et du vallenato se mêlent aux lamentations de douleur, créant un nouveau son mêlé d'angoisse et d'impuissance, plein de colères et noyé de mille pourquoi ? sans réponses.

Pour le cas où il y aurait eu peu de signes de soumission à l'empire de la part du gouvernement de ce peuple blessé, dont le sang tache les géographies du monde voisin, il en est né un nouveau : l'EXTRADITION.

Isolé comme s'il était une bête sauvage, dans une cellule de 1,50 mètre, meublée seulement d'un sommier en fer, d'un oreiller, d'un lavabo et d'un water-closet, sans possibilité de visites, ni lecture, ni accès à aucun appel, Simón Trinidad passe ses jours dans une prison du pays qui prétend aujourd'hui être le GENDARME DU MONDE.

Simón ne peut même pas savoir quelle heure il est car une lumière blanche éclaire en permanence ses jours et ses nuits dans la geôle hermétique où il est emprisonné.
Arrêté alors qu'il se trouvait en Équateur pour le contrôle médical d'une maladie ancienne, Simón est l'un des représentants du mouvement insurrectionnel connu sous le nom de FARC-EP.

Aujourd'hui baptisé NARCOTERRORISTE.
Et qui l'appelle ainsi ? Ceux-là mêmes qui sont liés avec un cartel de la drogue et ses associés majeurs, les plus grands acheteurs de drogue du monde, nous voulons parler du chantre de la démocratie, l'empire nord-américain.

Simón est enchaîné par les pieds et les mains quand il va aux toilettes, un lourd boulet de fer empêchant que ne lui vienne la fantaisie de s'échapper, et il ne peut se laver qu'une fois tous les 5 jours. Il a la permission de répondre à l'appel de ses avocats, une demi-heure, par téléphone.

Il n'a accès à aucune distraction. Telles sont les conditions dans lesquelles se trouvent aussi les autres prisonniers vivant dans les 20 cellules de sécurité maximale qui existent dans le pavillon où il se trouve, sans contact les uns avec les autres, sans même voir le soleil. Comme “par hasard", les autres prisonniers sont de race noire …

Il n'y a pas de Nord-Américains blancs dangereux dans cette prison de l'empire, seuls transgressent la loi les citoyens noirs des États-Unis, ce n'est qu'un détail, pas plus … et comme par hasard, les gardiens appartiennent aussi à cette race.

Le silence mortel de ce lieu n'est rompu que par les tristes litanies de quelque verset de la Bible ou des enseignements du Coran, émises du fond du cœur – eux aussi en ont un, au fait - de ces “terroristes”.

Le “dangereux narcoterroriste” Simón, “bénéficie” d'une surveillance renforcée ; s'il est emmené à la consultation médicale, il est accompagné de trois gardiens fortement armés, et le cabinet de consultation est immédiatement dégagé pour éviter la contagion par proximité.

Mais la vie de Simón dans la prison n'est pas toujours aussi dure ; parfois, on lui prête un livre en anglais basique pour qu'il s'instruise, pour qu'il teinte d'éducation les moments qu'il passe là, bien que, malheureusement, on ne lui ait pas encore rendu ses lunettes, ce qui l'empêche de profiter de la faveur qui lui est faite.

Depuis le 31 décembre 2004, Simón est devenu un nouvel “habitant” du pays des merveilles, il n'est pas jugé par la justice de sa terre, d'où il a exporté ses charges de “narcotrafic, prise d'otages et terrorisme”, que les deux procureurs qui l'ont traduit en justice s'efforcent de prouver.

Le 5 janvier 2005, lors d'une nouvelle audience de la Cour, Simón a pu entendre combien les charges retenues contre lui s'étaient alourdies.
Les juges ont averti que le détenu est un homme extrêmement dangereux pour la société nord-américaine ! Car il est le chef, ont-ils dit, d'une organisation terroriste et traficant de tonnes de drogue.

En réalité, Simón est accusé de l'envoi de 5 kilos de cocaïne vers les États-Unis.

Lors de la troisième audience, le juge a ordonné l'examen de la charge de “prise d'otages” ; devant les preuves présentées par les procureurs, le juge a reporté l'affaire de 6 mois. Personne ne sait ce que représentent 6 mois pour les juges nord-américains, car Simón en attend encore la fin …

En Colombie, et s'il peut y revenir un jour, il devra faire face à 96 autres procès pénaux, dont l'un pour le vol d'un cheval. Bien sûr, on arguera que le terroriste envisageait de se jeter avec son cheval contre une tour …

Le Conseil de la judicature a décidé que Simón Trinidad devrait être mis au courant, aux États-Unis, de tout ce qui se produit contre lui, en Colombie, et quand il devra comparaître en justice, les autorités devront utiliser les moyens électroniques ou audiovisuels pour l'écouter.

Jusqu'où va la technologie !!!

Il est important de préciser qu'à ce jour, les preuves retenues contre Simón pour le condamner aux États-Unis ne sont pas suffisantes ; elles sont extrêmement fragiles.

C'est pourquoi le gouvernement et le procureur colombiens, devant la possibilité qu'il soit remis à la Colombie, ont essayé désespérément de faire pression sur une autre prisonnière politique : ANAYIBE ROJAS VALDERRAMA

–SONIA-.
Fille d'une famille pauvre de Colombie, n'ayant pas achevé son enseignement primaire, puisqu'elle n'a pu aller à l'école que jusqu'au second degré, elle est originaire d'un lieu reculé, où l'État n'est pas présent, où il n'y a aucune possibilité de travail pour les habitants de ce lieu pauvre, sans parler de soins médicaux.

Elle entre dans les rangs du mouvement comme les autres garçons et filles qui souffrent de l'oubli d'un État qui leur refuse les possibilités minimales de vie.

Sonia est capturée alors qu'elle réalisait des tâches confiées par l'organisation.

Transférée à Bogotá, elle a été interrogée par le Procureur ; au bout de trois jours, des personnes se présentant comme venant de l'ambassade des États-Unis sont arrivées.

Elles étaient accompagnées d'une traductrice car elles ne parlaient pas espagnol et ont invitée Sonia à “parler” sur ce qu'elle savait, tout en la menaçant, si elle ne collaborait pas, d'extradition vers les ÉTATS-UNIS !!!

Par ailleurs, ces personnes n'ont cessé de lui dire que ses propres camarades allaient la tuer et qu'ils étaient déjà à sa recherche.

Devant le refus de la révolutionnaire de répondre à des questions auxquelles elle ne connaissait pas la réponse, on lui a proposé un PACTE DE COLLABORATION, moyennant lequel Sonia et sa famille seraient protégées aux États-Unis, où elle pourrait “commencer une vie nouvelle”.

Mais tout indique que des ENLÈVEMENTS se produisent aussi dans les prisons colombiennes.

Avant la fin de l'année 2004, Sonia a disparu pendant plusieurs jours, puis on a appris qu'elle avait été transférée vers un bateau de guerre pour être interrogée par des agents de la DEA.

De la prison du Buen Pastor au bateau parce que s'opposant au régime de misère et d'abandon dans lequel est plongé son peuple.

Mais la terreur à laquelle a été soumise cette femme colombienne ne s'arrête pas là. Le 9 mars 2005, à 15h25, SONIA a été REMISE AUX AUTORITÉS NORD-AMÉRICAINES DE LA DEA.

Le président Alvaro Uribe Vélez a autorisé l'extradition demandée par un tribunal de Washington.

Elle est entrée dans une prison nord-américaine, où elle reste enfermée 24 heures sur 24 dans une cellule, avec la permission de prendre un bain une fois par semaine.

Personne ne peut lui rendre visite ; elle ne peut pas non plus se faire entendre, personne ne parlant espagnol dans cette prison.

Elle a été extradée par la Cour fédérale du District de Colombie et doit répondre de charges de terrorisme et de narcotrafic.

Depuis la Colombie, on a proposé de payer les services d'un avocat, mais ce droit lui a aussi été refusé, Washington déclare que sa défense sera assurée par un défenseur public.

Selon des sources proches du procès, l'autorisation a été refusée parce qu'il est impossible de vérifier si les fonds qui seraient utilisés pour sa défense sont d'origine LICITE.

Cette situation, qui s'ajoute à la demande de Sonia qu'au minimum, l'avocat qui la représente parle espagnol, a retardé d'environ un mois le début du procès.
 

 

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