ARLAC

Association
des
Réfugiés
de l’Amérique
Latine
et
des

Caraïbes

PRISONNIERS POLITIQUES DE COLOMBIE
IVe PARTIE

 

PRISONNIERS POLITIQUES EN COLOMBIE  

Enlèvement de Granda :
Dans un premier temps, Uribe a tenté de faire croire qu'il n'était pas au courant, mais il a fini par “avouer” que l'État qu'il administre avait payé un montant élevé à un commando "chasseur de récompense" pour qu'il enlève Granda.

 Le transfert de Sonia vers le navire de guerre, connu quelques jours après l'événement, a coïncidé avec un autre ordonné par Uribe.

Le 13 décembre 2004, se comportant davantage comme un fier-à-bras que comme un président de l'État, il ordonne l'arrestation, au Venezuela, de Rodrigo Granda, cadre politique en armes, présenté par les médias comme “Chancelier” de la même force d'insurrection que Sonia et Simón.

Ce fait a été condamné au niveau international, car il a entraîne la violation de la souveraineté d'un pays voisin, uni à la Colombie, et depuis longtemps, par des relations commerciales fortes.

Dans un premier temps, Uribe a tenté de faire croire qu'il n'était pas au courant, mais il a fini par “avouer” que l'État qu'il administre avait payé un montant élevé à un commando "chasseur de récompense" pour qu'il enlève Granda, pour le livrer ensuite à Cúcuta, ville frontalière au nord-est de la Colombie.

Cette arrestation a provoqué la rupture des relations entre les deux pays, le Président Hugo Chávez ayant vivement protesté contre ces violations.

Le militaire à la retraite et ancien chef de la police, Eliécer Otaiza, très proche collaborateur du président vénézuélien, a laissé entendre que la CIA aurait participé à l'enlèvement.

Au moment de son enlèvement, Granda s'entretenait avec un journaliste du Monde diplomatique, dans une cafétéria du Métro de Caracas.

Granda a été jeté violemment dans le coffre d'une voiture ; il a pu noter qu'il avait été capturé par 16 hommes, répartis dans 4 véhicules.

Diverses organisations de défense des droits de l'homme ont comparé ce fait aux enlèvements perpétrés sous les dictatures, qui ont endeuillé les pays du cône sud et sont connus sous le nom de PLAN CONDOR.

Le porte-parole de la APDH d'Équateur, pays frontalier de la Colombie et membre du groupe de suivi du Plan Colombie, Alexis Ponce, a répondu, dans un entrevue accordée aux Mères de la Place de Mai, aux questions qui lui ont été posées sur le cas Rodrigo Granda: “…nous sommes en droit de penser deux choses. La première est que la Colombie, par l'intermédiaire du gouvernement de Monsieur Alvaro Uribe Vélez, devient une espèce d'Israël, mais dans les Andes…”,  ajoutant : “Les militaires colombiens, la politique du pouvoir colombien, exercée sur toute la région, donnent à penser que nous sommes face à la construction lente et impunie d'un phénomène inédit qui souhaite s'étendre à la région depuis la Colombie …”

C'est ce qu'Alexis Ponce nomme la “configuration du premier État paramilitaire en démocratie en Amérique Latine”, comparable au rôle qu'Israël joue au Moyen-Orient.

Envisagerait-on de constituer un projet régional de renseignement, et de faciliter de l'échange de preuves judiciaires ?

Mais Rodrigo Granda n'a pas été le seul “nouveau prisonnier politique capturé dans un pays voisin”. Pendant que se déroulait le IIe CONGRÈS BOLIVARIEN DES PEUPLES, le même sort frappait des militants de l'ARMÉE DE LIBÉRATION NATIONALE (ELN), organisation armée qui s'oppose elle aussi au terrorisme d'État établi depuis de nombreuses décennies en Colombie.

L'enlèvement de ces militants s'est produit à la frontière entre la Colombie et le Venezuela.

La théorie de la Sécurité démocratique, dans le cadre de laquelle se produisent des arrestations pour raisons politiques en Colombie, vise à tout point de vue à disqualifier l'ennemi ; c'est facile à vérifier ,lorsqu'une personne détenue est immédiatement qualifiée de terroriste ou narcoterroriste.

Les médias d'information (?) en rajoutent, ouvrant la voie à la systématisation d'une guerre idéologique qui, à son tour, provoque la légitimation de la guerre.

Et nous savons bien que dans toute guerre, les victimes se trouvent dans le peuple.

La population est exposée à un risque exacerbé, car en Colombie, quiconque, qu'il soit étudiant, militant de l'opposition, défenseur des droits de l'homme, syndicaliste, de profession libérale, ouvrier ou paysan, réclame un quelconque droit court le risque, dans le meilleur des cas, de grossir les rangs des prisonniers politiques colombiens.

Au pire, il sera assassiné, torturé, ou il disparaîtra. Telle est la réalité qui règne et qui semble n'avoir jamais de fin …

Il apparaît plus qu'évident que, depuis les arrestations effectuées ces dernières années en particulier, le gouvernement cherche à en finir avec toute mobilisation d'opposition à sa politique désastreuse. Le délit de rébellion – quand ce n'est pas celui de terrorisme ou de narcotrafic - est immédiatement appliqué à l'encontre du détenu, qui est en outre privé de son droit à l'expression.

La présence de membres de la sécurité de l'État, qu'elle soit militaire, policière ou paramilitaire, est quotidienne, ravageant des agglomérations entières, sans respecter le minimum des prescriptions que fixe la loi pour procéder à des arrestations.

De manière arbitraire et illégale, ils démolissent les villages pour ensuite “obtenir leur trophée” : les habitants, immédiatement, taxés d'être des “soutiens de l'insurrection”.

Le gouvernement lui-même, par l'intermédiaire de ses fonctionnaires, “se vante” en permanence du nombre important de personnes arrêtées, parmi lesquelles on ne compte plus celles qui, après avoir été torturées, placées en détention, étiquetées comme soutiens de la guérilla, et avoir ainsi perdu leur travail, etc., ont dû être libérées faute de preuves, souvent de nombreux mois après leur arrestation.

Qui rend à ces personnes leur état psychique antérieur aux faits ?

Qui leur rend la paix qu'elles ont perdue pour toujours parce qu'elles ne peuvent jamais savoir quelle nouvelle mesure le gouvernement appliquera à leur encontre ?

Qui prend en charge la situation créée au sein du groupe social auquel appartiennent ces personnes par le doute qu'engendre leur arrestation ?

 Ceux qui assument la défense légale de ces personnes sont exposés aux mêmes attaques. On ne compte plus les avocats accusés de la même façon – quand ils ne sont pas directement assassinés ou qu'ils ne disparaissent pas - qui subissent cette horreur.

Quiconque commet le délit ”de remettre en liberté un détenu" pour absence de preuves légales confirmant que le prisonnier a participé au fait incriminé ou l'a soutenu devient immédiatement justiciable.

Tel est le cas de Orlando Pacheco , procureur délégué près le tribunal de Sincelejo,  qui attend que soit définie sa situation juridique depuis qu'il a remis en liberté 128 personnes accusées, sans la moindre preuve, de soutenir des groupes d'insurgés.

Il est très important, pour pouvoir faire une analyse concrète de la situation des prisonniers politiques colombiens, de tenir compte d'une série de détails :

En matière de droits de l'homme, le droit international a défini une série de prérogatives et de garanties qu'il appartient aux États de respecter.

Un tel respect garantit les droits des détenus et annule les abus commis par les gouvernements.

L'article 9 de la Déclaration universelle des droits de l'homme prévoit la protection des personnes détenues arbitrairement.

Le paragraphe 1 de l'article 9 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques prévoit les mêmes caractéristiques, et exige un procès en bonne et due forme.

L'article 7 de la Convention américaine définit la protection que les États parties à la Convention s'engagent à respecter et garantir en matière de liberté des personnes.

Ces instruments internationaux relatifs aux droits de l'homme exigent des États que toute privation de liberté soit exécutée conformément au droit préétabli, et soit donc ordonnée par une AUTORITÉ COMPÉTENTE et jugée devant un TRIBUNAL INDÉPENDANT.

Mais en outre, le Groupe de travail sur les détentions arbitraires des Nations Unies définit trois critères juridiques pour déterminer quand nous sommes confrontés à une détention arbitraire :

a.        Quand il est de toute évidence impossible de trouver une base légale quelconque qui justifie la privation de liberté.

b.        Quand la privation de liberté fait suite à l'exercice de droits ou de libertés proclamés dans la DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L'HOMME et le PACTE INTERNATIONAL RELATIF AUX DROITS CIVILS ET POLITIQUES.

c.        Quand le non-respect, total ou partiel, des normes internationales relatives au droit à un jugement impartial, établies dans la DÉCLARATION UNIVERSELLE DES DROITS DE L'HOMME et dans les instruments internationaux pertinents, est d'une gravité telle qu'il confère à la privation de liberté un caractère arbitraire”.

En outre, l'article 28 de la CONSTITUTION NATIONALE (colombienne) établit le droit fondamental à la liberté et définit les circonstances légales dans lesquelles elle peut être supprimée, le premier paragraphe stipulant que “Toute personne est libre. Nul ne peut être molesté dans sa personne ou sa famille, ni conduit en prison, ni arrêté, ni détenu, ni voir son domicile perquisitionné, si ce n'est en vertu d'un mandat écrit d'une autorité judiciaire compétente, selon les formalités légales et pour un motif préalablement défini par la loi."

Cet article a été modifié par un acte législatif de 2003, avec l'ajout d'un nouveau paragraphe :

“Une loi statutaire réglementera la façon dont, sans mandat judiciaire préalable, les autorités qu'elle désignera pourront procéder à des détentions et des perquisitions de domicile, avec avertissement immédiat du Procureur général de la Nation et contrôle judiciaire postérieur dans un délai de trente-six (36) heures, sous réserve qu'il existe de sérieux motifs d'empêcher que des actes terroristes soient commis. Au début de chaque session du Congrès, le gouvernement fera rapport à celui-ci sur l'usage fait de cette faculté. Les fonctionnaires qui abusent des mesures visées par le présent article se rendent coupables d'une faute très grave, sans préjudice d'autres responsabilités éventuelles. Le présent paragraphe ne pourra pas être appliqué tant que le Congrès n'aura pas voté la loi statutaire”. ..

 

Est-ce bien cela que l'on envisage en Colombie ?

 

 

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