ARLAC

Association
des
Réfugiés
de l’Amérique
Latine
et
des

Caraïbes

PRISONNIERS POLITIQUES DE COLOMBIE
Ve PARTIE

 

Parler de la Colombie aujourd'hui, c'est décrire une série d'horreurs sans limites. Justice injuste, diabolisation de toute expression de désaccord ou d'opposition à une politique paraissant davantage orientée vers l'exécution scrupuleuse des ordres d'un empire qui répand aujourd'hui la mort dans le monde, au point de menacer la perpétuation de l'espèce humaine par ses attaques continuelles sur l'ensemble de la planète.

 Il importe également de mentionner que la Charte politique de 1991 stipule, en son article 9 : “Nul ne peut être jugé si ce n'est conformément aux lois en vigueur au moment de l'acte incriminé, devant un juge ou un tribunal compétent et dans le respect de la plénitude propre à chaque jugement”.

 L'interprétation de l'article 93 de la Constitution est très claire ; il dispose que : “Les droits et obligations consacrés dans la présente charte doivent être interprétés conformément aux traités internationaux relatifs aux droits de l'homme ratifiés par la Colombie”.

 Il serait facile d'en conclure que pour arrêter une personne en Colombie, il faut au préalable un mandat judiciaire écrit, comme le prévoit le Code de procédure pénale, mais ce n'est pas selon ces prescriptions que se déroulent les arrestations.

Depuis l'application de la “politique de sécurité démocratique”, de nombreux détenus ont dénoncé la façon dont ils ont été arrêtés, SANS MANDAT. Bon nombre de ces arrestations ont même été effectuées sur dénonciation par des personnes cagoulées, puis le prénom et le nom du détenu ont été enregistrés pour permettre ensuite au procureur de confirmer que le cas “correspond au mandat d'arrêt”.

Dans d'autres cas, une détention SANS MANDAT D'ARRÊT PRÉALABLE a été légalisée ensuite par un procureur, mais DEVANT LES FORCES MILITAIRES.

La violation systématique et prmanente des procédures que requiert toute détention soulève une grande interrogation au sujet de l'indépendance dont devraient jouir les tribunaux, comme l'exigent la Constitution nationale et le droit international relatif aux droits de l'homme.

Par ailleurs, on a dénoncé des cas dans lesquels le juge chargé d'instruire une arrestation était accompagné d'une personne cagoulée, qui désigneait les personnes “ayant commis” un délit.

Pour qu'une détention soit légale, elle doit s'appuyer sur un ensemble de preuves.

Aux termes de l'article 223 du Code de procédure pénale, dans l'ordre juridique colombien, les moyens de preuve, dans un procès pénal, sont les suivants :
Enquête judiciaire
Expertise
Preuves documentaires
Témoignages
Aveux et indices.

Il est difficile de comprendre pourquoi, en dépit de toutes ces règles relatives aux preuves légale, dans la plupart des cas présentés par le gouvernement et dans le cadre de la politique de “Sécurité démocratique”, seul le témoignage est retenu comme élément de preuve pour condamner une personne, voire toute une population.

Il est étrange également que ces témoignages émanent en général de prétendus RÉINSÉRÉS (personnes qui ont déserté les mouvements d'insurrection). Ces personnes, il est utile de le préciser, tentent de résoudre leur propre situation juridique au moyen de ce que l'on appelle la justice colombienne…

On peut aussi imaginer les fortes pressions exercées sur ces personnes pour les pousser à collaborer avec les autorités, dont on peut supposer qu'elles favoriseront ensuite leur “réinsertion” dans la vie civile.

Le Procureur général de la Nation a, à l'évidence, placé sa crédibilité sur ces personnes. Incroyable.

Les rapports des Renseignements en Colombie ne constituent pas une preuve. Cependant, accompagnés de témoignages, ils se sont révélés très utiles pour garder en détention des Colombiens et des Colombiennes jusqu'au  moment de leur jugement.

La plupart des éléments juridiques présents dans la quasi totalité des procès qui se déroulent dans le cadre de la politique tristement célèbre de “Sécurité démocratique” sont la manifestation d'une judiciarisation qui permet d'agir contre le mouvement populaire colombien qui se mobilise.

La voie est ainsi ouverte à une politique systématique de détentions, individuelles ou de masse, dans l'optique de bloquer les actions politiques, sociales ou syndicales.

De nombreux détenus sont des personnes qui défendent les droits de l'homme consacrés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme ainsi que dans le Pacte international relatif aux droits civils et politiques.

On peut dès lors conclure sans risque de se tromper que toutes les détentions sans mandat judiciaire, fondées sur des soupçons, des témoignages de réinsérés et sur les rapports des Renseignements, ne sont que des VIOLATIONS des prescriptions de la Constitution et des traités et conventions internationaux.

C'est ainsi que sont catégoriquement violés des principes et des garanties aussi fondamentaux que :
Le droit à la liberté
La dignité
La réputation de la personne suspectée, toute détention s'accompagnant, dans la plupart des cas, de graves difficultés pour le détenu dans son cercle familial, social et de travail.

Il est révélateur en outre que plus de 50% des détentions touchent des personnes des niveaux socio-économiques les plus bas, ne disposant pas des ressources qui leur permettraient d'accéder à une défense, au-delà de celle que leur offre précisément l'État qui permet leur détention …

Actuellement, il existe en Colombie un projet de loi qui permettrait l'application de règles antiterroristes, lesquelles donneraient des pouvoirs de police judiciaire aux forces militaires, en même temps qu'elles permettraient aux “autorités désignées de procéder à des arrestations et des perquisitions sans mandat judiciaire préalable”.

Tout ce qui se produit à cet égard possède en réalité une origine aussi certaine que perverse. Dans le cadre de la politique de Sécurité démocratique si souvent citée, le président colombien Alvaro Uribe a besoin de chiffres pour justifier la forte croissance des dépenses militaires depuis son arrivée au pouvoir, ainsi que d'un motif pour annuler les garantie de l'État social de droit.

Parler de la Colombie aujourd'hui, c'est décrire une série d'horreurs sans limites. Justice injuste, diabolisation de toute expression de désaccord ou d'opposition à une politique davantage orientée vers l'exécution scrupuleuse des ordres d'un empire qui répand aujourd'hui la mort dans le monde, au point de menacer la perpétuation de l'espèce humaine par ses attaques continuelles sur l'ensemble de la planète.

Parler de la Colombie, c'est parler de déplacements forcés, de poursuites, d'assassinats, de tortures, d'exils, de misère, de faim, d'exploitation, d'absence de soins, de travail, de possibilités de vivre dignement, de détentions arbitraires…

Un beau pays, extrêmement riche en ressources naturelles, se voit aujourd'hui appauvri par la conduite absurde de mauvaises administrations qui font passer leur bien-être personnel et matériel, des idéologies étrangères et des projets aberrants avant le bien-être de leur peuple.

L'entassement des détenus dans les prisons de Colombie est comparable à l'expression la plus terrible de l'horreur, de nombreuses plaintes d'organismes internationaux sont ignorées, rien n'importe plus que la poursuite d'un projet qui annonce davantage de sang, davantage de douleur.

Le président Alvaro Uribe Vélez se soucie plus d'entretenir le terrible conflit armé colombien que d'y mettre fin.

Il existe aussi en Colombie des PRISONNIERS DE GUERRE, détenus par l'insurrection, qui, comme les prisonniers politiques colombiens, méritent la considération, et il est urgent que le gouvernement colombien et le mouvement rebelle mettent en œuvre l'ÉCHANGE desdits prisonniers.

Cela permettrait de résoudre une grande partie de la problématique colombienne, sans compter que ce serait une marque de respect envers la vie des personnes.

Cependant, à ce jour, nous sommes certains que Uribe ne s'intéresse pas non plus à ces personnes.
 

 

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