ARLAC

Association
des
Réfugiés
de l’Amérique
Latine
et
des

Caraïbes

PRISONNIERS POLITIQUES DE COLOMBIE
VIe PARTIE

 

Ingrid, il est utile de le rappeler, s'est opposée fortement à la politique de Uribe, et peut-être que si elle était libérée maintenant, elle pourrait faire trébucher cet ambitieux mandataire en route vers un second mandat, pour le malheur des Colombiens.

Les proches des prisonniers attendent avec impatience des réponses, ils exigent que le président constitue rapidement une commission pour engager sérieusement les négociations et rendre possible la rencontre attendue depuis tant d'années.

 Il y a actuellement plusieurs prisonniers de guerre dans la forêt colombienne, aux mains des FARC. Cette organisation fait une intéressante proposition d'échange entre ces prisonniers et les prisonniers politiques du mouvement d'insurrection, entassés dans les prisons du pays.

Évidemment, par “intéressante”, nous voulons dire qu'il en va ainsi pour nous qui défendons la paix et surtout la dignité des personnes, parce qu'il est évident pour d'autres que le président de la Colombie n'agit pas selon ces critères.

En échange des guérilleros prisonniers, les FARC laisseraient rentrer dans leurs foyers :
12 députés départementaux.
Divers membres du Congrès national.
Un ancien ministre d'État.
La journaliste et ancienne candidate présidentielle Ingrid Betancourt, arrêtée en décembre 2002.
37 commandants de la Police et de l'Armée faits prisonniers au combat, certains il y a déjà plus de 6 ans.
21 hommes politiques, dont Alan Jara.
Les trois agents de la CIA capturés par la guérilla alors qu'ils espionnaient pour le gouvernement des États-Unis (cas très commenté en son temps par la presse internationale).

Toutes ces personnes seraient libérées en même temps que le seraient tous les camarades des FARC, au moment de la signature de l'accord.

Cette offre tient debout. Il faudrait aussi que le gouvernement démilitarise les communes de Florida et Pradera dans le département de la Vallée car, pour des raisons évidentes, il y aurait de la méfiance du côté des insurgés quant aux bonnes intentions d'un gouvernement, qui n'a réellement rien fait pour créer la confiance.

Le mouvement demande en outre la participation solidaire des partis communistes, des organisations sociales et politiques et de toutes les personnes qui souhaitent contribuer à la transparence de l'acte d'échange.

Cependant, l'essence fasciste du régime qui règne en Colombie, représenté par Uribe, montre clairement qu'il n'est pas disposé à collaborer en ce sens, ce qui ne laisse pas non plus le moindre doute face à ce que nous exprimons : LA VIE DE CES PERSONNES NE L'INTÉRESSE PAS.

Ces derniers temps, en plein travail en vue de sa propre réélection, Uribe s'est mis à exposer devant la grande presse des déclarations mensongères à ce sujet, jouant ainsi avec les sentiments des familles des prisonniers, dans un manque total de respect envers celles-ci.

Il est répugnant de jouer ainsi avec les sentiments, c'est la preuve d'une bassesse sans limites.

Les proches des prisonniers ont catégoriquement rejeté les tentatives de “sauvetage" de la part des forces militaires aux ordres de Uribe, craignant pour la sécurité physique des leurs ; cependant, l'hebdomadaire VOZ, réduit au silence par les médias officiels, a dénoncé les opérations qui se déroulaient à cette fin en mai 2004.

L'ancien membre de la Commission de Notables, M. Alberto Pinzón Sánchez, a posé une question très pointue au sujet de l'absence de volonté de Uribe dans ce processus : "Serait-ce que, dans votre ambition d'être réélu, vous craigniez Ingrid Betancourt ?”.

Ingrid, il est utile de le rappeler, s'est opposée fortement à la politique de Uribe, et peut-être que si elle était libérée maintenant, elle pourrait faire trébucher cet ambitieux mandataire en route vers un second mandat, pour le malheur des Colombiens.

Les proches des prisonniers attendent avec impatience des réponses, ils exigent que le président constitue rapidement une commission pour engager sérieusement les négociations et rendre possible la rencontre attendue depuis tant d'années.

Il bénéficient du soutien des anciens présidents de Colombie, à l'exception de Andrés Pastrana, qui a présidé aux destinées de sa terre pendant les années 1998-2002, en plus de la solidarité manifestée par les représentants de l'Église catholique, les syndicats, les partis politiques, les universitaires et la société civile dans son ensemble.

En décembre 2005, les proches des otages ont pris la Cathédrale de Bogotá et la principale église catholique de Cali, pour faire pression en faveur de l'accord d'échange entre les guérilleros et leurs proches.

La mère d'Ingrid Betancourt, son époux et la présidente de l'Association des proches des militaires et policiers prisonniers de la guérilla (ASFAMIPAZ) ont participé à cet événement, la veille de la Journée internationale des droits de l'homme.

Ils ont été accompagnés dans leur demande par Daniel Parfait, ambassadeur de France en Colombie, Luis Ortiz Monasterio, ambassadeur du Mexique, et Olaf Oskoof, ambassadeur de Suède.

Étaient également présents sur les lieux le directeur du Bureau du Haut-Commissariat des Nations unies pour les droits de l'homme, Michael Frühling, ainsi que l'ancien président colombien Alfonso López (1974-1988), le cardinal catholique Pedro Rubiano, l'ancien chancelier Augusto Ramírez, le journaliste Carlos Lozano, directeur de la publication communiste VOZ, et Ana Teresa Bernal, active dans le domaine humanitaire.

Uribe s'est montré réticent à la proposition de constitution d'une commission de négociation, car il soutient qu'en Colombie, il n'y a pas de conflit armé interne et encore moins de guerre. Pour lui, “il n'y a pas de combattants mais des terroristes”.

L'échange humanitaire de prisonniers est un fait envisagé par la Convention de Genève, qui réglemente  les guerres, mais pour Uribe, il semble que ce ne soit pas le cas.

En décembre également, l'ambassadeur des États-Unis à Bogotá, William Wood, a annoncé que son pays portait à 5 millions de dollars la récompense pour toute information qui permettrait de trouver ceux qui ont capturé ses concitoyens (ce monsieur semble avoir été détenu dans le Far West), alors que les États-Unis mènent des opérations secrètes dans lesquelles 2500 soldats colombiens et 49 militaires et conseillers nord-américains cherchent depuis presque un an les AGENTS DE LA CIA QUI FAISAIENT DE L'ESPIONNAGE POUR LE GOUVERNEMENT NORD-AMÉRICAIN AU MOMENT DE LEUR CAPTURE …

Le fait que, par crainte pour l'intégrité des leurs, les proches s'opposent à ces recherches n'intéresse pas.

La question que tout le monde se pose est la suivante : Pourquoi Uribe refuse-t-il catégoriquement l'échange ?

Serait-ce que le président choisit de se moquer, sur un sujet aussi sensible pour le peuple ?

À l'évidence, ce personnage est très occupé par sa réélection, au point de devenir sourd à tout type de raisonnement humanitaire.

Nombreuses ont été les tentatives de la guérilla pour que l'instance de négociation qui permettrait à tous les prisonniers de rentrer chez eux voye le jour :

·          15 juin 1997. Libération unilatérale de la part des FARC de 60 soldats et 10 membres de l'infanterie de marine en zone démilitarisée.

·          1998. Les FARC proposent d'instaurer une loi qui permette l'échange de prisonniers de guerre entre les parties pendant la poursuite du conflit.

·          1999. Les FARC insistent devant le gouvernement, le parlement et d'autres secteurs de la société sur la nécessité d'une loi d'échange qui permette la libération des détenus.

·          Juin 2000. Les FARC libèrent unilatéralement plus de 350 policiers et soldats.

·          Juin 2001. Le gouvernement libère 11 guérilleros malades.

·          19 mai 2002. Les FARC proposent la démilitarisation des départements de Putumayo et Caquetá pour faciliter, entre autres, l'accord humanitaire.

·          27 avril 2003. Dans une lettre adressée aux anciens présidents Alfonso López Michelsen, Julio César Turbay Ayala, Ernesto Samper Pizano, Carlos Lemos Simmons, les FARC confirment le nom de leurs porte-parole officiels pour traiter avec le gouvernement la question de l'échange.

·          27 août 2003. Les anciens présidents Alfonso López Michelsen, Julio César Turbay Ayala et Ernesto Samper Pizano adressent une lettre aux FARC.

·          10 septembre 2003. Les FARC adressent une lettre ouverte aux anciens présidents Alfonso López Michelsen, Julio César Turbay Ayala et Ernesto Samper Pizano, dans laquelle elles affirment qu'en dépit du refus du gouvernement, notamment aux propositions des anciens présidents, elles maintiennent leur volonté de parvenir à un accord humanitaire.

·          6 février 2004. Les FARC confirment le nom de leurs négociateurs.

·          14 septembre 2004. Les FARC confirment leur disposition à trouver un accord et proposent à cet effet la démilitarisation des communes de San Vicente et Cartagena del Chairá dans le Caquetá. En même temps, elles démentent une proposition apocryphe, diffusée par la presse officielle, selon laquelle elles demandaient une évacuation de 72 heures.

·          28 novembre 2004. Les FARC proposent la démilitarisation des communes de Florida et Pradera dans la Vallée.

·          25 février 2005. Les FARC demandent publiquement qu'un échange humanitaire comprenne tous prisonniers de guerre appartenant aux FARC, notamment Rodrigo Granda, Simón Trinité et Sonia. Ces deux derniers ont été extradés vers les États-Unis par Álvaro Uribe.

·          14 août 2005. Les FARC apprécient et saluent l'effort des proches des détenus, confirme leur disposition à trouver un accord. Alertent sur les provocations militaires des Forces armées depuis qu'il y a eu des rencontres entre les FARC et les secteurs soucieux d'avancer dans le processus d'accord humanitaire. Démentent la propagande émanant du renseignement militaire, qui parle de couloirs stratégiques que chercherait l'insurrection.

·          10 septembre 2005. Les FARC sont reconnaissantes aux gouvernements des différents pays favorables à l'échange des efforts qu'ils consentent pour aider à la tenue d'une rencontre entre les parties et insistent sur l'évacuation, pendant 30 jours, des communes de Pradera et Florida.

·          26 septembre 2005. Les FARC proposent une évacuation de 30 jours seulement et un calendrier pour une rencontre entre les parties. Le gouvernement de Uribe refuse.

·          Novembre 2005. Les gouvernements d'Espagne, de France et de Suisse envoient une commission technique et indépendante dans les communes de Florida et Pradera, dans le but de présenter une proposition. Le gouvernement colombien tente d'exploiter cette initiative à des fins électorales.

·          13 décembre 2005. La Suisse, la France et l'Espagne présentent aux deux parties la proposition dite “Système de sécurité pour une rencontre humanitaire dans la cordillère centrale”. Uribe Vélez exploite immédiatement cette proposition à des fins politiciennes.

 

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