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Par les Autorités traditionnelles Sa't Tama Kiwe
Territoire ancestral du
peuple Nasa SA’TH TAMA KIWE
Resguardos** de Caldono, Pueblo
Nuevo, Pioya, Laguna Siberia et Las Mercedes, juridiction des municipalités
de Caldono, Silvia et Piendamo – Département du Cauca.
LA MINGA POUR LA LIBÉRATION DE LA TERRE MÈRE CONTINUE
Ce 12 octobre 2005, nous célébrons un nouvel anniversaire de l'invasion de
nos territoires par l'homme et la pensée européens, invasion qui a marqué
le début d'un long processus de génocide et d'ethnocide au travers de la
conquête et de la colonisation, utilisant la stratégie de l'imposition
d'un nouvel ordre, avec la ferme conviction de l'extermination physique et
culturelle des propriétaires légitimes de ces territoires conquis et
arrachés, par le sang et le feu, à des peuples indigènes constitués en véritables
sociétés organisées et auxquels a été refusé, pendant la conquête, le
droit à leur propre développement.
Plus tard, pendant la colonisation et l'ère républicaine, nous avons été
marginalisés et relégués au second plan, n'ayant d'importance pour
l'histoire qu'en tant qu'articles décoratifs dans les musées de la nation.
Cette histoire se répète aujourd'hui d'une manière très subtile, avec la
complaisance et l'action directe des gouvernements successifs ; sur la scène
historique actuelle, les transnationales laissent voir leur appétit vorace
pour nos Territoires, considérés comme d'une valeur incalculable en
biodiversité, notamment pour la production d'eau et d'oxygène, ce qui
enclenche un nouveau processus de recolonisation. Face à cette situation,
la présente date ne peut passer inaperçue ou n'être considérée que
comme un simple anniversaire de plus pour l'expansion du néolibéralisme
mondial pervers et la globalisation au service du grand capital et non de l'être
humain et de la mère nature elle-même.
La situation dans le pays se développe de manière accélérée,
l'intention étant de consolider un schéma de gouvernement de type
autoritaire, sous le régime présidentialiste, qui n'est pas autre chose
que l'imposition du respect des règles, mais à sa façon, dominée par
l'application d'une politique internationale de “combat” contre le
terrorisme, laquelle est orientée et fondée sur d'autres intérêts plus
profonds et pervers des propriétaires du pouvoir économique, qui cherchent
à étendre leurs tentacules partout dans le monde où cela peut leur
permettre de continuer à accumuler du capital, au prix de la pauvreté de
plus en plus critique de la grande majorité de la population ; en
particulier, les transnationales nord-américaines tentent à tout prix
d'accélérer la généralisation du néolibéralisme et la globalisation grâce
à la signature non concertée du Traité de libre commerce (TLC), ignorant
totalement les droits que nous avons conquis en tant que peuples indigènes
et qui, de ce fait, n'ont pas d'existence réelle, avec des stratégies qui
camouflent les chiffres dans un discours éloigné de la réalité. Quelques
exemples : le conseil communautaire tenu entre le président Uribe et
quelques indigènes le 25 septembre dernier à Bogota, la persécution
politique et la détention de notre camarade JOSE VICENTE OTERO, personnalité
importante dans la campagne de consultation sur le TLC menée dans les 6
municipalités de l'est du Cauca. Pour notre part, nous estimons que nos
revendications depuis plus de 186 ans de vie républicaine continuent d'être
ignorées. Aujourd'hui, nous sommes confrontés à une stratégie de
diffamation et d'accusation de notre processus, qui nous accuse de
collaborer avec la guérilla, de semer la confusion dans l'opinion publique,
le but étant de saper le travail d'organisation et de fragmenter les
organisations que nous avons consolidées dans la légitimité. Notre réponse
est la suivante : Unité, Organisation et Lutte pour continuer d'exister
dans la dignité, en tant que peuples libres, sans oublier que la dette
sociale historique vis-à-vis de nos peuples n'a pas encore été apurée et
que, tôt ou tard, il faudra remettre l'addition au gouvernement central,
responsable et complice par action ou par omission. Le moment présent est
une bonne occasion de rendre cette dette visible et de commencer à la
recouvrer, si l'on veut vraiment renforcer l'état social de droit que préconise
la Constitution politique colombienne et que le “droit à la différence”
ne serve pas de justification pour perpétuer les privilèges des caciques,
en particulier dans le Cauca.
Le peuple Nasa (Páez) des Resguardos
indigènes de Pioyá, La Aguada San Antonio, San Lorenzo de Caldono, La
Laguna – Siberia, Las Mercedes et Pueblo Nuevo, des municipalités de
Caldono, Silvia et Piendamo, au nord-est du Département du Cauca –
Colombie, représente une population totale de 35.000 habitants ; la
population Nasa correspond à 78% du total de la population de la
municipalité de Caldono, soit 26.483 indigènes, dont 80% des besoins
fondamentaux ne sont pas satisfaits. Ce peuple a toujours répondu à
l'appel de nos organisations indigènes et, soutenus par d'autres groupes
sociaux non indigènes, nous sommes parvenus à susciter des manifestations
de masse pour démontrer au monde que notre situation ne correspond pas à
ce qu'indiquent les statistiques publiées dans les médias ; au contraire,
nous sommes en crise, mais nous sommes parvenus à appeler l'attention de
l'opinion publique pour qu'elle réfléchisse et agisse contre les actions
impopulaires lancées par les pouvoirs législatif et exécutif nationaux
contre les intérêts du Peuple. Aujourd'hui le moment est venu de nous élever
de manière organisée contre le processus de recolonisation et d'avancer
vers la satisfaction des revendications auxquelles, en tant que peuples,
communautés et citoyens de ce pays, nous avons droit et qui nous ont été
refusées.
Aujourd'hui, nous nous levons pour :
1. Soutenir de manière solidaire toutes les actions que d'autres peuples
indigènes et divers secteurs de la lutte populaire ont engagées partout
dans le pays, pour démontrer à l'opinion publique que la politique “vers
un état communautaire”, en particulier la politique de “sécurité démocratique”,
va à l'encontre de nos intérêts en tant que sujets collectifs et à
l'encontre de la souveraineté du peuple colombien, surtout quand il s'agit
de signer le TLC avec les États-Unis.
2. Exiger la libération immédiate de notre camarade JOSE VICENTE OTERO
CHATE, arrêté de manière injustifiée par des unités du DAS d'Ipiales,
puis transféré à Pasto, où il est emprisonné, sous l'accusation de
“terrorisme”, depuis le 6 octobre dernier, situation qui est en
contradiction avec le régime de justice qui accorde des privilèges aux délinquants
en col blanc.
3. Revendiquer le droit de l'homme à la terre en exigeant, ce qui est
juste, de nouvelles propriétés pour élargir nos Territoires ancestraux,
par la négociation ou par voies de fait si nécessaire.
4. Exiger que soient suspendus les projets qui sont développés sur notre
territoire, sans que nous ayons été consultés, notamment : la captation des eaux du Rió Mondomo vers la zone
industrielle de Santander de Quilichao, et le détournement du Rió Ovejas
vers la retenue de la Salvajina.
5. Exiger des droits sociaux en matière de santé, la couverture à 100%
par le régime subventionné et l'infrastructure routière pour garantir la
production.
Nous allons lutter parce que les droits ne se concèdent pas … ils se
conquièrent !
Caldono, 12 octobre 2005
L'ARMÉE NATIONALE et
LA POLICE ANTI-ÉMEUTES RÉPRIMENT
DES PROTESTATIONS DANS LE NORD DU CAUCA
par le Processus de Coordination des Organisations populaires
QUATRE PERSONNES
GRAVEMENT BLESSÉES
Bulletin de presse
002
À hauteur de la “Hacienda Miraflores”, sur la route Corinto- Miranda,
dans le nord du Cauca, des paysans de Jambaló, Toribío et Caldono, qui se
rendaient à un processus de récupération de terres dans le cadre de la Grève
civique nationale, ont été harcelés par des membres de l'Armée nationale
(Bataillons Pichincha et Codazzi) et de la Police anti-émeutes, lesquels,
en vertu de la politique de “sécurité démocratique” du gouvernement
de Álvaro Uribe Vélez, attaquent la communauté avec des tirs et des gaz
lacrymogènes, sans discrimination.
À cette occasion, Belisario Tombe, du hameau de Guabito (Caloto), a été
blessé au bras, par des balles de fusil tirées par des soldats de l'Armée
nationale (Bataillons Pichincha et Codazzi). Tombe a dû être transféré
vers la municipalité de Corinto pour y recevoir des soins médicaux.
Par ailleurs, dans la “Hacienda Pepestella”, hameau de Quisgó,
municipalité de Silvia, trois indigènes guambiens ont été blessés par
la Police anti-émeutes, qui a lancé des gaz lacrymogènes à bout portant.
Ces personnes ont d'abord été soignées à l'hôpital Mamá Dominga, mais
la gravité de leurs blessures a nécessité leur transfert vers un hôpital
de la ville de Popayán. Pour le moment, l'Armée nationale serait arrivée
dans la zone en renfort pour les actions de la Police anti-émeutes.
Le Processus de Coordination des Organisations populaires du Sud-ouest
colombien juge ces faits inacceptables et exige le respect du droit
international humanitaire et du droit à la protestation inscrit dans notre
Constitution nationale.
Comité des Communications
Processus de Coordination des Organisations populaires du Sud-ouest
colombien
NDT :
*La Minga désigne le travail collectif des Indiens
**Resguardo désigne une division administrative et territoriale des
Indiens au sein d'une municipalité
(Traduction
ARLAC)
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COLECTIVO FRANCO COLOMBIANO
Lyon Francia
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